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Un permis pour le digital

Le débat sur une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans prend de l’ampleur. La Chambre a octroyé, fin janvier, un large mandat au gouvernement pour mettre en œuvre une telle mesure incisive. Le Premier ministre, Luc Frieden, avait ouvert la voie dès novembre en clamant que «notre devoir en tant qu’adultes est de protéger les enfants contre les effets néfastes d’une surconsommation des réseaux sociaux». La préférence reste une initiative européenne, mais si rien ne bouge dans les mois à venir à Bruxelles, l’exécutif conservateur-libéral se dit prêt à aller de l’avant.

L’Ombudsman pour les droits de l’enfant (OKaJu) revendique un âge minimum légal de 15 ans pour l’autonomie numérique et l’accès aux réseaux sociaux, accompagné d’une interdiction d’exposition aux écrans pour les enfants en bas âge (0-3 ans). Une surconsommation des réseaux sociaux par les mineurs présenterait d’importants risques pour la santé mentale. Sur la liste se trouvent en outre des troubles du sommeil, un déficit de l’attention, le risque de dépendance numérique et l’isolement social.

Alors que la discussion politique et sociétale va bon train, il s’avère que les principaux concernés n’ont pas encore eu voix au chapitre. Un fait qui avait déjà été critiqué par le Jugendrot. Une interdiction généralisée ne constituerait «ni une réponse proportionnée ni une mesure efficace». Dans un avis bien équilibré, la Conférence nationale des élèves (CNEL) argumente dans le même sens. Les risques liés aux réseaux sociaux ne sont ni niés ni relativisés. Le besoin de mieux protéger les jeunes est également reconnu. Mais «exclure les jeunes n’est pas synonyme de protection», conclut la CNEL à juste titre. Au lieu de décréter une restriction d’âge, il faudrait ancrer systématiquement l’éducation aux médias dans les programmes d’enseignement. Une revendication d’autant plus justifiée que l’intelligence artificielle ne fait qu’accentuer les risques existants – désinformation, fausses informations, propagande, manipulation algorithmique. Introduire une forme de «permis numérique» pour évoluer en connaissance de cause dans l’univers digital pourrait finalement s’avérer plus efficace que de bêtement priver les jeunes des réseaux sociaux.

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