Attention frissons! Une nouvelle série mêlant horreur et polar débarque en Europe après avoir connu un vif succès aux États-Unis, où des auteurs indépendants de comics battent en brèche la suprématie des superhéros.
Ni Batman ni Superman en effet dans Exquisite Corpses, mais une bande de tueurs psychopathes qui vont s’affronter dans une petite ville rurale pour décider quelle richissime famille dirigera le pays pendant cinq ans.
«C’est un jeu de massacre sanglant et j’espère que ça va faire peur!», avance le scénariste James Tynion IV, évoquant cette série qu’il a co-créée en 2025 avec le dessinateur canadien Michael Walsh.
Figure de proue de la scène du comics indépendant, cet auteur new-yorkais de 38 ans ambitionne de créer un nouvel univers en multipliant les formats : une histoire publiée en fascicules, des jeux de cartes, un film…
«Les Français ne sont pas habitués à lire une série en feuilletons. Mais je trouve cela très excitant, car on peut faire monter la tension, et donc l’attente, d’un épisode à l’autre», explique James Tynion IV.
Il entend aussi innover sur le concept narratif en se basant, comme le nom de la série l’indique, sur le principe du «cadavre exquis», ce jeu d’écriture qui fait évoluer l’histoire au gré de l’inspiration de la dizaine d’auteurs et dessinateurs impliqués dans le projet.
Un «Cluedo grandeur nature»
Pour créer leur univers, qui ressemble à un «Cluedo grandeur nature», les deux auteurs ont puisé leur inspiration chez Stephen King, maître du roman horrifique, dans le film A Clockwork Orange, la série American Nightmare ou les jeux de survie Battle Royale.
«L’horreur est mon genre favori», reconnaît James Tynion IV, «car il permet de raconter à la fois ses peurs et celles de toute de la société».
Avec réussite, puisque Exquisite Corpses s’est déjà vendu à plus de 500 000 exemplaires aux États-Unis, «un beau succès pour un lancement» selon Michael Walsh.
C’est un jeu de massacre sanglant et j’espère que ça va faire peur!
Le contexte est porteur puisque l’horreur et l’épouvante sont à l’honneur dans la pop culture, que ce soit dans l’édition avec la «dark romance», les séries, le cinéma ou les jeux vidéo.
«Le comics est parfois considéré comme une sous-culture alors qu’il chronique la société américaine depuis les années 1930», estime François Hercouët, le directeur d’Urban Comics, l’éditeur français d’Exquisite Corpses.
En France et en Belgique, le comics reste cependant un marché de niche, loin de la BD franco-belge et du manga.
Complotisme et fin du monde
«Le domaine des superhéros n’a jamais complètement conquis les lecteurs en France, il a plus de succès au cinéma», remarque Guy Delcourt, le fondateur de la maison Delcourt, troisième éditeur de comics en France après Panini et Urban Comics, avec notamment la série Walking Dead.
Mais, ajoute-t-il, certains auteurs de romans graphiques anglo-saxons ont acquis une belle notoriété en France, à l’instar du créateur de Spirit, Will Eisner, d’Alan Moore (V pour Vendetta) et de Chris Ware (Jimmy Corrigan).
James Tynion IV se dit aussi «surpris et réjoui» du succès en France et en Belgique de ses livres, en particulier de sa saga (en cours) The Nice House on the Lake Tome, qui raconte le huis clos de 12 personnalités dans une belle demeure pour échapper à la fin du monde.
«Avec 200 000 exemplaires vendus, on a dépassé le cercle des amateurs de comics pour attirer un public plus large», se félicite François Hercouët.
Une précédente série écrite par James Tynion IV résonne avec l’actualité puisque The Department of Truth décortique le phénomène de l’alter-réalité et du complotisme dans l’histoire des États-Unis.