Au moment où New York s’apprête à accueillir la Coupe du monde de football, ce sont surtout les couleurs bleu et orange des Knicks qui dominent la ville, amoureuse de cette équipe de NBA rugueuse et résiliente, rare motif de communion entre ses habitants.
«Les Knicks, c’est New York dans ce qu’elle a de meilleur», dit John Patrick Walsh, 65 ans, issu d’une famille de fans originaire du New Jersey voisin.
«C’est une communauté unifiée, où les différences sociales et d’origine n’ont pas vraiment d’importance», ajoute ce comédien de doublage, sortant en journée du Madison Square Garden avec un sac de produits dérivés pour le 92e anniversaire de sa mère.
Le quartier de la mythique enceinte où s’affronteront mardi les Knicks et les San Antonio Spurs lors du match 3 de la finale, à Manhattan, est devenu le point de ralliement des fans qui s’y massent par milliers à chaque rencontre, provoquant un immense chahut dans les rues : «C’est très énergique, très chaotique… les gens deviennent complètement fous, en gros», raconte Melanie Mendoza, serveuse dans le bar Bourbon & Branch, face au Madison Square Garden, entièrement pavoisé aux couleurs de la franchise new-yorkaise, bien partie après avoir remporté les deux premières rencontres à San Antonio.
Un temps interdites à la suite de débordements, les diffusions de matches en plein air autour de l’enceinte ont de nouveau été autorisées par la mairie.
Après plus d’un demi-siècle sans titre et des décennies de faux départs, la renaissance des Knicks nourrit un enthousiasme rarement observé autour d’une équipe new-yorkaise, observe le sociologue du sport Jay Coakley, professeur à l’université du Colorado.
Pourtant, New York compte d’autres franchises au palmarès parfois plus prestigieux, comme les Yankees (baseball), les Giants (football américain) ou les Rangers (hockey sur glace).
Mais, contrairement à ces disciplines, le basket est LE sport urbain par excellence, souligne-t-il, un jeu «rapide qui se pratique dans de petits espaces, reflétant en quelque sorte le rythme de la vie» à New York.
«Pour jouer au basket, il ne faut pas grand-chose : un ballon, un panier et une surface sur laquelle faire rebondir la balle… New York regorge de ce type d’espaces», abonde Amy Bass, professeure à l’université de Manhattanville, spécialisée dans les liens entre sports, culture et politique.
«Un langage commun»
Les Knicks puisent, en outre, dans leur histoire mouvementée une image à la fois accrocheuse et résiliente, à laquelle la mégapole aime s’identifier.
Les années 1970, qui les ont vu remporter leurs deux seuls titres NBA, ont durablement façonné leur identité, celle d’«une équipe à l’image des classes populaires : travailleuse, dure au mal, combative», résume l’universitaire Adam Criblez, auteur d’un livre sur le club.
«Ce n’est pas que les autres franchises ne possédaient pas ces qualités, mais les Knicks ont su capturer l’imaginaire collectif d’une manière particulière», ajoute-t-il.
Leur parcours plein d’à-coups cette saison, avec de nombreuses victoires acquises à l’arraché, a conforté cet aspect.
Dans cette ville marquée par d’énormes inégalités économiques et sociales, l’équipe apparaît enfin comme un ciment, souligne Amy Bass.
«New York peut être une ville solitaire, une ville dure», dit-elle. «À une époque où les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle, la politique tendent à fragmenter la société en une multitude d’îlots, les Knicks offrent quelque chose qui paraît authentique : un langage commun, des objectifs partagés.»
Les célébrations dans la rue ont aussi rassemblé «beaucoup d’immigrés récemment arrivés» dans la ville, relève également Jay Coakley. Comme si «devenir fan des Knicks constituait une étape» vers une intégration dans la mégapole, dit-il.
Pour autant, la grande majorité des New-Yorkais devront de nouveau communier devant une télévision : les billets s’arrachent à plus de 4 000 dollars, et les meilleurs sièges sur le parquet seront encore occupés par des stars comme Timothée Chalamet, Spike Lee ou Ben Stiller.