La 113e édition du Tour de France va permettre une grande explication entre Tadej Pogacar, Jonas Vingegaard, Remco Evenepoel, Juan Ayuso et Paul Seixas, le petit dernier de la bande.
Au sommet de son art, Tadej Pogacar part favori pour égaler le record de cinq victoires dans le Tour de France, qui s’élance samedi de Barcelone avec le Français Paul Seixas comme grande attraction d’une 113e édition qui s’annonce incandescente. Rarement l’excitation aura été aussi palpable à l’aube du «grand départ» qui ouvre sur un contre-la-montre par équipes dans les rues de la capitale catalane, devant la Sagrada Familia, l’œuvre emblématique d’Antoni Gaudi, pour terminer en haut de la colline de Montjuic.
N’importe quel Tour de France est un évènement, un rituel d’été qui dépasse le cadre du sport, avec douze millions de personnes au bord des routes pour admirer les champions et repartir avec un bob. Cette année, l’épreuve est magnifiée par des enjeux historiques. À commencer par la quête de Pogacar qui peut égaler Jacques Anquetil, Bernard Hinault, Eddy Merckx et Miguel Indurain avec une cinquième étoile.
Et plusieurs grandes curiosités comme le Mexicain Isaac Del Toro, graine de star et lieutenant de luxe de Pogacar. Et puis il y a Paul Seixas, 19 ans, qui, par ses performances fulgurantes, a réveillé un fol espoir en France où on attend le successeur de Bernard Hinault, dernier vainqueur français, depuis… 1985.
Jusqu’où peut aller la pépite, plus jeune coureur à prendre le départ depuis 89 ans? La question agite le monde du cyclisme bien au-delà des frontières de l’Hexagone et sera l’un des fils rouges des trois prochaines semaines. Sur son talent pur, il est déjà tout en haut, prêt à jouer le podium, lui qui a été le seul à réussir à suivre Pogacar plusieurs fois au printemps.
Territoire inconnu
Impressionné, le double champion du monde a dit fin avril qu’il comptait bien «gagner autant que possible avant que Seixas nous détruise tous». Reste à savoir comment le Lyonnais, qui portera le mythique dossard 51, va encaisser une course de trois semaines, un territoire inconnu qu’il aborde par sa face nord, le Tour de France, l’épreuve la plus dure au monde où tout le monde débarque en pleine forme et motivé comme jamais.
«C’est un immense talent. Mais il n’a que 19 ans. Si je devais le conseiller, je lui dirais : « C’est génial que tu fasses le Tour cette année, mais contente-toi de ça, profite autant que possible, apprends, absorbe tout »», a insisté jeudi dans un entretien le Britannique Chris Froome, quadruple vainqueur du Tour.
Le grand Eddy Merckx estime lui aussi qu’il est encore bien tôt pour Seixas et que Pogacar reste le grand favori. D’autant que le leader d’UAE, qui a remporté treize victoires en seulement seize jours de course cette saison, est en pleine forme – «ça va pas mal», dit-il – et qu’il est épaulé par une armada qui risque encore de broyer le peloton.
Le Slovène devrait retrouver sur sa route son principal rival de juillet, Jonas Vingegaard, lui-même auteur d’un début de saison remarquable et qui vise à réaliser un rare doublé Giro-Tour, comme Pogacar en 2024. «Je me sens meilleur, plus fort et plus heureux», dit le Danois, en confirmant qu’il en avait gardé sous la pédale au Giro.

Jonas Vingegaard, déjà deux fois vainqueur du Tour, se pose en rival numéro un de Tadej Pogacar. (Photo : afp)
Attention au coup de chaud
Pour s’immiscer dans ce duel annoncé entre deux coureurs qui ont annexé les six dernières éditions (quatre pour Pogacar, deux pour Vingegaard), il y a donc potentiellement Seixas et l’Espagnol Juan Ayuso. Mais aussi le duo de Red Bull-Bora composé de Remco Evenepoel et Florian Lipowitz, deux véritables «troisièmes hommes» puisque le Belge a terminé à cette place en 2024 et l’Allemand l’an dernier.
«On vise le podium derrière Tadej et Jonas», expose Evenepoel qui théorise à la fois une ambition et un certain renoncement, tout en assurant que la cohabitation avec Lipowitz se passera bien, ce qui reste à voir. La course pourrait mettre du temps à se décanter avec un parcours dessiné pour aller crescendo. Avec des Pyrénées qui viennent vite mais qui sont douces cette année et une dernière semaine sans doute décisive dans les Alpes, une fois la Coupe du monde de foot passée.
L’Alpe d’Huez accueillera deux arrivées d’étape consécutives, dont celle, terrible, la veille de l’arrivée à Paris, où le peloton goûtera une nouvelle fois à la folie de Montmartre. Le Tour s’annonce incandescent aussi avec des températures qui pourraient monter haut au retour en France la semaine prochaine.
Mais pas de quoi, à ce stade, s’inquiéter pour la bonne tenue de l’épreuve. Mais le ministre de l’Intérieur a adressé vendredi un courrier aux préfets concernés, les enjoignant de prévoir des mesures pouvant aller, «à titre exceptionnel», jusqu’à l’annulation d’une étape en cas de chaleurs extrêmes.
En attendant, l’histoire commence samedi par un chrono par équipes pour lequel l’équipe Netcompany Ineos fait figure d’épouvantail avec Ganna, Tarling, Foss, Arensberg et Godon pour rouler fort.
Et Kévin Vauquelin qui pourrait endosser le premier maillot jaune et lancer en fanfare une Grande Boucle qui s’annonce bouillante.
Le dossard du seul Luxembourgeois dans la course, Alex Kirsch (Cofidis). Le champion national de contre-la-montre prendra le départ de son troisième Tour de France (après 2022 et 2023). Il occupera un rôle d’équipier pour le sprinteur belge Milan Fretin.