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Politique – Tempête de sable sur Gramegna


Justin Turpel (déi Lénk) fustige la mission financière actuellement menée dans le golfe Persique. La question des droits de l’Homme serait délibérément mise en retrait.

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La visite aux Émirats arabes unis (EAU) du Grand-Duc héritier Guillaume et du ministre des Finances, Pierre Gramegna (à d.), ici avec le ministre des Affaires étrangères Abdullah bin Zayed Al Nahyan, est mal perçue. (Photo : Sip/ministère des Finances)

Depuis dimanche, le ministre des Finances, Pierre Gramegna, se trouve aux côtés du couple grand-ducal héritier et d’une importante délégation économique aux Émirats arabes unis, avant de mettre le cap sur le Qatar. À peine entamée, cette mission de promotion de la place financière fait l’objet d’une polémique au Luxembourg.

Les mots employés sont durs. Hier, le député Justin Turpel (déi Lénk) est arrivé à la conclusion suivante dans sa prise de position sur la mission financière actuellement menée dans le golfe Persique : « Ce qui importe, ce sont les flux de capitaux; les droits de l’homme ne rapportent pas à la haute finance ! »

C’est le refus de la part du président de la Chambre des députés, Mars Di Bartolomeo, d’accorder à sa question parlementaire au sujet de cette mission le caractère urgent qui a amené le remuant député à pousser ce coup de gueule. Il peut d’ailleurs facilement être classé dans le contexte du virulent bras de fer entamé dans la foulée de l’affaire LuxLeaks avec le ministre des Finances, Pierre Gramegna.

Dans sa question parlementaire posée hier, Justin Turpel souhaitait notamment demander au ministre si ce dernier « était disposé à intervenir dans le cadre de la mission actuelle auprès des autorités des Émirats arabes unis et du Qatar afin de faire respecter les droits de l’homme ». Le député déi Lénk a en outre demandé s’il ne serait pas « opportun de restreindre les relations politiques et économiques avec ces pays aussi longtemps que les droits de l’homme les plus élémentaires n’y sont pas respectés ».

Comme le rapporte Justin Turpel, la réponse du président de la Chambre a été prompte. « Le caractère urgent de la question n’a pas été reconnu (…) Point à la ligne. Pas de motivation, rien ! », s’offusque le député, qui conclut que visiblement il n’existe « pas d’urgence pour les droits de l’homme » au niveau de la Chambre des députés.

« Pour cause : comment un député peut-il oser troubler les affaires économiques et financières entre la place financière du Luxembourg et les Émirats arabes unis et le Qatar avec des questions de droits de l’homme ? », s’interroge ironiquement Justin Turpel, qui reproche ouvertement aux autorités de privilégier les relations économiques.

> « Ne pas troubler les affaires en cours »

« L’on fait fi des restrictions des droits de l’Homme et des droits démocratiques les plus élémentaires », s’indigne ainsi le député en faisant référence à l’absence d’élections aux Émirats arabes unis, à l’absence de la séparation des pouvoirs, la restriction de la liberté d’expression ou encore le travail forcé.

Il en va de même pour le Qatar, pays hôte de la Coupe du monde de football en 2022 et qui serait un « État esclavagiste » dans lequel il ne serait pas possible de former ou d’adhérer à un syndicat. Actuellement à Abou Dhabi, capitale des Émirats arabes unis, la délégation luxembourgeoise va poursuivre sa mission à Doha au Qatar dans les heures à venir.

Comme le fait encore remarquer Justin Turpel, le gouvernement luxembourgeois ferait également preuve d’un manque de cohérence. Fin octobre, les ministres des Affaires étrangères et des Sports avaient indiqué que « le Luxembourg attache beaucoup d’importance aux droits de l’homme, y compris à l’abolition du travail forcé ».

Cet attachement serait délibérément mis en retrait afin de « ne pas trop troubler les affaires en cours », fustige encore le député déi Lénk, qui recommande au président de la Chambre, mais certainement aussi au ministre des Finances et à la délégation luxembourgeoise, « d’avoir honte ».

De notre journaliste David Marques

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