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Bettel fustige la «politique de l’autruche»


Claude Weiser et Xavier Bettel ont échangé, hier, leurs arguments respectifs sur le référendum du 7 juin. (Photo : Isabella Finzi)

Le Premier ministre s’est plus que jamais engagé en faveur du oui au référendum, hier. Il a rallié à sa cause une grande majorité du public qui assistait au Bistrot du Jeudi consacré à la question.

Chacune des interventions de Xavier Bettel a été conclue par une salve d’applaudissements. De là à se permettre une comparaison de l’échantillon de la population interrogée dans le cadre des sondages du TNS Ilres avec celui qui a participé au débat du Jeudi, il n’y a qu’un pas. Mais pourquoi ne pas se donner l’autorisation de croire à un renversement de tendance à un mois du référendum?

Selon les termes de Charles Margue, du TNS Ilres, les jeux seraient cependant déjà faits, concernant la question de l’ouverture du droit de vote aux résidents non luxembourgeois. Il a en effet évoqué le fait que l’écart entre le oui et le non s’était bien creusé. «Il n’y a plus photo», a-t-il synthétisé sur base des 53 % partisans du non, selon le dernier sondage réalisé. De quoi contrarier le Premier ministre, qui s’est plus que jamais engagé en faveur de cette ouverture du droit de vote.

La peur d’une perte de souveraineté

«Le référendum est l’occasion de se regarder dans une glace et de s’interroger sur l’avenir du pays», a-t-il défendu, avant de décrier «la politique de l’autruche» qui est menée sur la question. Pour le chef du gouvernement, l’un des freins majeurs est à trouver au niveau de la peur que nourrissent les nationaux : «Les Luxembourgeois craignent de perdre quelque chose, à partir du moment où l’on donne parallèlement quelque chose aux étrangers.» Une interprétation qui se révèle être en effet le véritable point d’orgue de la problématique.

Grand partisan du non, le député ADR Fernand Kartheiser le confirme dans sa vision du référendum. La peur évoquée trouverait ainsi son origine dans le passé historique du pays. «Le Luxembourg est un tout petit pays dont la souveraineté a été sujette à diverses annexions dans l’histoire, d’où ce réflexe, parfois inconscient», explique-t-il, en soulignant s’exprimer selon une analyse objective des risques découlant du référendum.

Selon cette logique, «l’histoire est changeante» et si le droit de vote est accordé, «on ne sait pas comment cela pourrait se retourner contre les Luxembourgeois dans le futur». Bref, les craintes des nationaux et la victoire supposée du non seraient donc dues à des craintes fondées sur une perte de souveraineté. «Faux!», riposte Claude Wiseler du CSV, dont le parti milite pourtant aussi pour le non. Le CSV dément nourrir une quelconque peur, mais revendique «une autre solution qui passe par l’acquisition préalable de la nationalité luxembourgeoise».

«Valorisation de l’image de marque du pays»

Pour Sergio Ferreira, de l’ASTI, il ne faut justement pas avoir peur de l’autre. Et le porte-parole de l’Association de soutien aux travailleurs immigrés de mettre trois arguments sur la table en faveur du vote des étrangers : «Ce que le Luxembourg pourrait y gagner? Le mieux vivre ensemble, un accroissement de la légitimité des députés par l’élargissement du corps électoral et, enfin, une valorisation de l’image de marque du pays, sans parler des retombées économiques qui suivraient», affirme-t-il.

La question de l’abaissement du droit de vote de 18 à 16 ans a également été traitée hier soir. À ce sujet, le Premier ministre s’est dit «convaincu qu’un jeune de 16 ans qui fait volontairement la démarche de s’inscrire sur les listes électorales sera beaucoup plus engagé et capable qu’un jeune de 18 ans qui est obligé d’aller voter».

Face à ce raisonnement, également défendu par le président de la Conférence générale de la jeunesse luxembourgeoise, Maurice Losch, le CSV et l’ADR ont une vision sensiblement différente. Selon eux, il faut que les jeunes suivent au préalable un apprentissage de la politique, car ils n’auraient pas la maturité politique nécessaire pour voter à 16 ans. Et Fernand Kartheiser de conclure en avançant «un risque de manipulation sur les jeunes».

Avant de faire une proposition plutôt étonnante pour remédier à cette question, à savoir celle d’un «droit de vote des familles» selon lequel les parents reçoivent un droit de vote pour chacun de leurs enfants…

Claude Damiani

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