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Dispensés de robe, mais pas d’audience


La canicule s'est invitée à tous les étages de la cité judiciaire. (Photo : archives editpress)

La canicule sévit aussi au tribunal. La justice transpire derrière son bandeau, mais ne faillit pas. Les tenues sont plus décontractées, mais pas l’observance du code pénal.

Des avocats en short, des magistrats s’éventant avec un éventail ou dissimulant des ventilateurs de taille réduite sous leurs dossiers, des détenus en marcel… La canicule a atteint la cité judiciaire et le tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Les protagonistes de la vie judiciaire luxembourgeoise se liquéfient sous la verrière. Jeudi et vendredi, les présidents de certaines chambres ont accordé la dispense de robe aux avocats et aux magistrats pour leur éviter les coups de chaud en pleine audience.

Vendredi matin, c’est donc en polo que le président de la 12e chambre criminelle a fait son entrée dans la salle d’audience avec ses deux assesseuses en haut sans manches, comme la représentante du parquet et la greffière. Une image inhabituelle. Des avocats, il n’y en avait pas. Un des prévenus ne s’est pas présenté et l’autre avait renoncé à se faire assister.

Seul le conseiller juridique du centre hospitalier Émile-Mayrisch d’Esch-sur-Alzette et la propriétaire d’une agence immobilière étaient présents dans le cadre de la première affaire. Le prévenu, accusé de faux et usage de faux, a été jugé par défaut. L’homme avait essayé, en juillet 2023, de se créer un alibi dans une affaire pour laquelle il était jugé. Pour cela, il avait déposé, en cours de délibéré, un certificat médical attestant son hospitalisation au moment des faits qui lui étaient reprochés.

Or le conseiller juridique l’a confirmé après vérification, le prévenu n’était pas hospitalisé et le certificat a été manipulé. Une date a été ajoutée sur un vrai certificat. Cette tentative d’escroquerie à jugement aurait pu être préjudiciable à une bonne administration de la justice. 

Le prévenu, déjà condamné pour faux en écritures en 2022, a continué sur sa lancée au printemps 2024. Il a fourni ce qui s’est révélé être de fausse fiches de salaire et de faux documents d’affiliation à la caisse de maladie à un agent immobilier pour louer un appartement. Ce n’est qu’après la signature du contrat de bail que la responsable de l’agence a remarqué la supercherie. 

Elle raconte que la caution et les frais d’agence avaient été réglés par l’office sociale. En poussant un peu plus loin ses investigations, elle a découvert sur le registre de commerce que l’entreprise pour laquelle le prévenu prétendait travailler avait fait faillite. Le prévenu bénéficiait d’une aide du Fonds national de solidarité.

Le parquet requiert une peine de 30 mois de prison et une amende contre l’escroc.

Réactions disproportionnées

La deuxième affaire a opposé un chauffeur de taxi et un retraité de la police sur le boulevard J.-F-Kennedy à Esch-sur-Alzette le 29 décembre 2024 vers 17 h 30. Le chauffeur de taxi aurait menacé l’ancien policier avec un couteau à cran d’arrêt qu’il n’était pas habilité à posséder sans autorisation ministérielle. Entre les deux, les versions divergent.

Le chauffeur de taxi prétend que l’ancien policier lui a coupé la route alors qu’il sortait de son emplacement de stationnement. Coups de klaxon et insultes sont échangés. Le plaignant serait sorti de sa voiture furieux. «J’ai pris le couteau que j’utilisais pour manger pour lui faire peur. Je n’avais pas l’intention de l’utiliser», prétend le prévenu. «Je ne savais pas que je n’avais pas le droit de le posséder.»

L’ancien policier raconte que le taxi aurait quitté son emplacement de stationnement pour se mettre au niveau d’un autre taxi et commencer à discuter, barrant la voie de circulation. «Ils auraient pu discuter sur le trottoir», estime le témoin, qui aurait klaxonné et insulté le chauffeur de taxi. Son épouse aurait aperçu le couteau et prévenu la police. «Je n’avais pas vraiment peur, mais c’est impressionnant de se trouver face à un individu qui gesticule avec un couteau.»

«Cela aurait pu mal se terminer pour vous»,  juge le président. «Votre attitude était complètement inutile! Si vous aviez gardé votre calme, vous ne vous retrouveriez pas ici. Votre comportement à tous les deux était idiot.» Pour le parquet aussi, les réactions des deux hommes étaient «disproportionnées» et la situation aurait très bien pu dégénérer. Pour menaces à l’aide d’une arme sans autorisation de détention, la magistrate requiert 6 mois de prison avec sursis et une amende à l’encontre du chauffeur de taxi.

Les prononcés auront lieu le 14 juillet.

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