Les bombardements se poursuivent sur l’Iran à un rythme soutenu, mais une guerre de l’énergie se profile à l’horizon. Et elle risque de durer.
Infrastructures militaires, entreprise pharmaceutique, lieu saint : une série de frappes ont touché mardi plusieurs sites en Iran, selon les médias, après que Donald Trump a renouvelé ses menaces si les discussions entre Washington et Téhéran n’aboutissaient pas «rapidement». Entrée dans son deuxième mois, la guerre au Moyen-Orient, qui ébranle l’économie mondiale et a fait des milliers de morts, ne présente pas de signe de désescalade, malgré des tractations diplomatiques. Les prochains jours seront «décisifs», a affirmé mardi le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, en assurant que les discussions avec l’Iran «se renforcent».
Mardi, le gouvernement iranien a indiqué qu’une usine de dessalement avait été touchée et mise hors service sur l’île de Qeshm, sans préciser quand. «Il n’est pas possible de la réparer à court terme», a déclaré un responsable du ministère de la Santé, Mohsen Farhadi, cité par l’agence ISNA.
Donald Trump avait menacé la veille de s’en prendre à ces usines, mais aussi aux centrales électriques, aux puits de pétrole et à l’île de Kharg, abritant le plus grand terminal pétrolier de l’Iran, évoquant même une opération terrestre pour s’en emparer.
«Le plus dur est fait»
Mardi, il a déclaré que les États-Unis «ne seraient plus là pour aider» les pays dont l’approvisionnement en pétrole dépend du détroit d’Ormuz, presque entièrement bloqué par l’Iran et par où transite d’ordinaire un cinquième des hydrocarbures mondiaux. «L’Iran a été, pour l’essentiel, décimé. Le plus dur est fait. Allez chercher votre propre pétrole!», a affirmé sur son réseau Truth Social le président américain. L’Union européenne a appelé mardi l’Iran à garantir «la liberté de navigation» dans le détroit d’Ormuz.
En Iran, des frappes ont visé des «sites militaires» à Ispahan (centre), a déclaré un responsable local cité par l’agence de presse Fars. Sur des vidéos authentifiées par l’AFP, plusieurs déflagrations transpercent la nuit, laissant s’échapper d’immenses panaches de fumée. À Téhéran, une entreprise pharmaceutique produisant notamment des médicaments contre le cancer a été touchée par des frappes israélo-américaines, selon le gouvernement. Des médias locaux ont aussi évoqué des explosions à travers la capitale et des pannes de courant dans certains secteurs. L’armée israélienne avait appelé les habitants d’un quartier résidentiel à rester à l’abri en prévision d’une attaque contre «une infrastructure militaire». Dans le nord-ouest, c’est un site musulman chiite, la Grande Hosseinieh, qui a été endommagé, selon la télévision d’État.
«Position très unanime»
Si l’armée israélienne s’est dite prête à plusieurs semaines supplémentaires de guerre, le président américain a dit vouloir que les discussions avec Téhéran aboutissent «rapidement». Face à ces incertitudes les marchés financiers tenaient bon mardi, Wall Street ouvrant en nette hausse, tandis que le pétrole restait au-dessus des 100 dollars. Malgré les menaces et les coups portés à la tête de l’État, l’Iran a continué dans la nuit à faire feu. La radio-télévision d’État IRIB a annoncé un tir de missiles en direction d’Israël et sur place, les secours ont fait état de huit blessés légers hospitalisés dans la région de Tel-Aviv. À Dubaï, des explosions ont de nouveau été entendues.
Quatre personnes y avaient été blessées précédemment par la chute de débris lors d’une interception de la défense aérienne, tandis qu’un pétrolier sous pavillon koweïtien a été touché par une frappe de drone près du port. Des explosions ont également été entendues mardi à Riyad. L’Arabie saoudite avait précédemment dit avoir intercepté huit missiles balistiques sans préciser leur provenance et fait état de deux blessés après l’interception d’un drone. Le Qatar a évoqué mardi une «position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre», alors que le pouvoir iranien affirme y viser des intérêts américains.
Selon le Wall Street Journal, Donald Trump aurait dit à ses conseillers être prêt à interrompre sa campagne militaire, estimant que forcer la réouverture du détroit d’Ormuz prolongerait le conflit «au-delà de son calendrier de quatre à six semaines». Mais à rebours de ses exigences, une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par Ormuz, selon des médias d’État. Le texte inclut une «interdiction de passage» pour les États-Unis et Israël.