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Syrie: la bataille d’Alep, tournant de la guerre civile


Des milliers de Syriens ont fui Alep en raison des combats et sont actuellement bloqués à la frontière turque. (photo AFP)

L’armée syrienne aidée de l’aviation russe renforçait mercredi son contrôle dans la province d’Alep, au 10e jour d’une offensive qui a fait plus de 500 morts et poussé à la fuite des dizaines de milliers de civils bloqués à la frontière turque.

Alors que la Turquie maintient sa frontière fermée, les ministres de la Défense de l’Otan se réunissent à Bruxelles pour étudier la demande d’aide d’Ankara et de Berlin pour faire face à la crise migratoire. Sur le front, au nord de la ville d’Alep, les combats entre régime et rebelles faisaient rage dans la localité de Tamoura tandis que l’aviation russe menait des raids intenses sur plusieurs autres bourgs, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Depuis le début de l’offensive le 1er février, le régime appuyé aussi par le Hezbollah libanais et des miliciens iraniens a repris de nombreux secteurs et assiège les rebelles dans les quartiers Est de la ville d’Alep, faisant craindre pour le sort de quelque 350.000 civils. Il progresse en outre vers Tall Rifaat, l’un des trois derniers fiefs des rebelles qui décrochent de certaines positions pour minimiser leurs pertes.

Selon l’OSDH, qui dispose d’un large réseau de sources en Syrie, 506 personnes ont été tuées en 10 jours dans la province d’Alep. Parmi elles figurent 89 civils dont 23 enfants tués par les raids russes, a précisé l’ONG. Au moins 143 combattants du côté du régime et 274 du côté des rebelles et jihadistes étrangers ont aussi péri.

« Sang, carnage, ruines »

En poursuivant ses frappes, la Russie semble sourde aux appels de l’ONU et des Etats-Unis principalement à cesser le feu et dément que ses raids tuent des civils. Même si l’espoir d’un règlement politique du conflit est très ténu, des représentants de 17 pays et trois organisations se réunissent jeudi à Munich pour tenter de relancer le processus diplomatique après l’échec de Genève fin janvier. Avec les combats, les raids et les destructions, des dizaines de milliers d’habitants ont fui leur foyer dans la province d’Alep en direction de la frontière turque, l’ONU évaluant leur nombre à 31.000 dont 80% de femmes et d’enfants.

Mais la Turquie maintient fermé le poste-frontière d’Oncupinar, seul point de passage accessible entre le nord de la province d’Alep et la Turquie, qui reste toutefois ouvert pour des blessés, des malades et des convois d’aides. Les camps de déplacés à la frontière turque sont désormais saturés alors que des familles entières sont contraintes de dormir dans le froid à la belle étoile ou de se serrer dans les tentes, selon Médecins sans frontières (MSF).

Mercredi, des camions ont de nouveau traversé en Syrie pour transporter de l’aide aux Syriens alors que des blessés syriens ont été admis dans un hôpital de la ville frontalière turque de Kilis. Abdel Karim Bahloul, l’un des chanceux à pouvoir passer en Turquie avec un sac à dos et une valise, décrit une « situation horrible à Tall Rifaat et dans les villages du nord d’Alep ». « Les enfants meurent sous les bombardements, de faim et de froid. Les gens sont sur les routes et n’ont nulle part où aller. Les frappes russes ont stoppé la vie à Tall Rifaat et dans d’autres villes. Il n’y a que sang, carnage et ruines », a-t-il ajouté.

Ceintures explosives

Alors qu’elle accueille déjà 2,7 millions de réfugiés syriens, la Turquie redoute un nouvel afflux pouvant selon elle atteindre 600.000 personnes. Son objectif, dit-elle, est donc « pour l’instant de maintenir (…) cette vague de migrants au-delà de (ses) frontières et de leur fournir les services nécessaires ».

Alors que la Turquie craint de nouveaux attentats par des jihadistes en provenance de Syrie, quatre ceintures explosives ont été découvertes par l’armée dans les bagages d’un groupe de suspects interceptés à Karkamis (sud-est), à la frontière syrienne.

Le Quotidien / AFP

Une guerre complexe

Le conflit en Syrie, déclenché par la répression de manifestations antirégime en 2011, est devenue une guerre complexe impliquant régime, rebelles, Kurdes et jihadistes et aux répercussions au-delà des frontières avec la crise des migrants en Europe et la montée en puissance des ultra-radicaux de l’organisation Etat islamique (EI). Il a fait plus de 260.000 morts et chassé de chez elle plus de la moitié de la population.

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