L’actrice allemande Collien Fernandes a été victimes de vidéos pornographiques truquées mises en ligne par son mari. L’affaire scandalise et mobilise outre-Moselle.
Des milliers de manifestants protestent à travers toute l’Allemagne depuis une semaine en soutien à l’actrice Collien Fernandes, qui accuse son ex-mari de «l’avoir proposée à d’autres hommes» en ligne, un moment «MeToo» accélérant le débat sur les violences en ligne. L’actrice de 44 ans, également mannequin et animatrice de télévision, accuse son ex-mari, l’acteur et animateur Christian Ulmen, 50 ans, d’avoir créé de faux profils sur les réseaux sociaux pour contacter des hommes, notamment de son entourage, et diffusé de fausses vidéos pornographiques la représentant. «Pendant plus de dix ans, j’ai été victime de violences virtuelles de la part de mon propre mari, il m’a proposée à d’autres hommes à des fins sexuelles», a-t-elle déclaré mardi. Elle raconte avoir recherché l’auteur des faits pendant des années, y compris dans le cadre d’un documentaire qu’elle a réalisé. «Jamais je n’aurais soupçonné mon mari.» Elle appelle les responsables politiques à intervenir car selon elle, «les victimes ne sont actuellement pas suffisamment protégées».
Un projet de loi sur la diffusion de fausses vidéos générées par intelligence artificielle (deepfakes) était déjà en préparation, mais la publication mi-mars d’une enquête par l’hebdomadaire Spiegel sur l’affaire Fernandes a souligné l’urgence de la situation. Au point que le 20 mars le porte-parole du ministère de la Justice, Eike Hosemann, a promis une loi sur les violences numériques «dans un délai très court». Berlin, Hambourg, Francfort… Les rassemblements en soutien se multiplient dans le pays pour mettre la pression sur le gouvernement. Le collectif Vulver, qui a organisé une manifestation lundi soir à Francfort (ouest), déplore les «lacunes flagrantes» dans la protection juridique des femmes en ligne.
Certains médias allemands voient dans ce dossier le pendant numérique de l’affaire Gisèle Pelicot, du nom de la Française devenue figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles pour avoir publiquement témoigné des viols commis par des dizaines d’hommes recrutés par son ex-mari.
«Paradis pour les agresseurs»
Le parquet allemand a annoncé vendredi qu’une enquête était en cours sur Christian Ulmen. Une plainte initiale déposée en 2024 contre X avait été classée en juin, faute d’indices pour identifier l’auteur. Selon Collien Fernandes, le cadre juridique pour des poursuites de ce type reste limité en Allemagne, pays qu’elle qualifie de «paradis pour les agresseurs».
Elle a également déposé plainte en Espagne, ancien lieu de résidence du couple où la législation sur les violences faites aux femmes est plus stricte. La ministre de la Justice, Stefanie Hubig, déplore le «retard du code pénal sur les évolutions technologiques». Le scandale mobilise en tout cas dans la rue. Quelque 17 000 manifestants ont ainsi défilé le 26 mars à Hambourg (nord).
Collien Fernandes, qui avait initialement prévu de ne pas y participer à cause de menaces de mort, est finalement montée sur l’estrade vêtue d’un large manteau et d’un jogging couvrant un gilet pare-balles «car des hommes, et uniquement des hommes, veulent me tuer», a-t-elle affirmé alors, au bord des larmes, acclamée par la foule venue la soutenir. Les manifestants sont aussi «du côté des victimes qui n’ont pas une voix aussi forte et qui n’ont aucune publicité», a déclaré Luna Sahling, une porte-parole des Jeunes Verts, qui ont organisé une autre manifestation dimanche à Munich (sud). «Nous voulons montrer que nous avons besoin de vraies lois qui sensibilisent particulièrement les femmes à cette violence numérique», a-t-elle ajouté.
Merz accuse les migrants
Interrogé le 25 mars par une députée lors d’une session de questions au gouvernement, le chancelier conservateur Friedrich Merz a parlé d’une «explosion de la violence dans notre société, tant dans l’espace physique que numérique». Mais il a choqué en affirmant qu’une «part considérable de cette violence provient des communautés d’immigrés», le chancelier tentant de contrer l’essor l’extrême droite avec un discours de plus en plus ferme sur les migrants. Un «mensonge populiste scandaleux», a dénoncé Lydia Dietrich, directrice de l’association d’aide aux femmes à Munich, lors du rassemblement en soutien à Collien Fernandes dans la capitale bavaroise.