Le Hamas a annoncé lundi avoir dissous ses instances dirigeantes dans la bande de Gaza, après presque 20 ans de pouvoir dans le territoire palestinien, où un comité de technocrates palestiniens doit administrer le territoire.
Depuis l’entrée en vigueur, en octobre dernier, d’un cessez-le-feu à Gaza entre le Hamas et Israël, le mouvement islamiste a affirmé à plusieurs reprises être prêt à se retirer de la gestion quotidienne, mais cette étape est jugée symbolique par des experts et ne règle pas la question centrale de son désarmement.
Ismaïl al-Thawabta, directeur du bureau des médias au sein du Hamas, a indiqué à l’AFP qu’il avait décidé de dissoudre le comité d’urgence du gouvernement «afin de faciliter la transition administrative et gouvernementale vers le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG)».
Décision «symbolique»
Le NCAG, un groupe de technocrates palestiniens, a été créé par le «Conseil de paix» dans le cadre d’un plan du président américain Donald Trump pour mettre fin à la guerre à Gaza, déclenchée par l’attaque sans précédent du Hamas en Israël le 7 octobre 2023.
Il a été validé par le Conseil de sécurité de l’ONU et a permis l’instauration d’une trêve, précaire, en octobre dernier.
La première phase du cessez-le-feu a permis la libération des derniers otages israéliens retenus par le Hamas en échange de Palestiniens emprisonnés par Israël.
Le passage à la deuxième phase, qui prévoit le désarmement du Hamas, une prise en main des affaires de Gaza par le NCAG et un retrait progressif des forces israéliennes de Gaza, reste toutefois au point mort.
Les forces israéliennes ont, au contraire, renforcé leur présence.
Et le Hamas réclame de son côté qu’une administration palestinienne soit mise en place à Gaza avant d’envisager de désarmer.
Le NCAG, dirigé par le Palestinien Ali Shaath, est basé au Caire depuis plusieurs mois, Israël s’étant, selon certaines informations, opposé à son déploiement dans la bande de Gaza.
«Le Hamas franchit une nouvelle étape en renonçant à administrer la bande de Gaza afin de priver l’occupation de tout prétexte pour poursuivre son agression et sa guerre d’extermination», a déclaré son porte-parole, Hazem Qassem.
Pour Mkhaimar Abusada, politologue gazaoui, la décision du Hamas reste avant tout «symbolique».
«Le problème n’est pas la dissolution de son comité gouvernemental, mais l’acceptation de son désarmement (…) c’est toujours le principal point de blocage», a-t-il ajouté.
Le «Conseil de paix» a exhorté lundi le NCAG à s’assurer du contrôle des armes. «Le principe fondamental est le suivant : une seule autorité, une seule loi et une seule arme. Cela implique le regroupement de toutes les armes sous le contrôle du NCAG», a déclaré l’instance dans un communiqué publié sur X.
«Au pouvoir à tout prix»
Avec cette annonce, le Hamas vise à montrer qu’il «fait avancer le processus tout en mettant l’accent sur ce qu’il présente comme le non-respect par Israël de ses engagements», a expliqué une source diplomatique ayant participé à certaines des discussions au Caire.
Mais pour Houssam Majed, 34 ans, l’annonce du Hamas équivaut à des «paroles en l’air». «Le Hamas reste à Gaza et contrôle tout : les points de passage, les ministères, la sécurité (…) ils tiennent à rester au pouvoir à tout prix», a indiqué à l’AFP cet habitant de la ville de Gaza.
«C’est nous, le peuple, qui en payons le prix», a-t-il ajouté.
Le Hamas comme Israël s’accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu.
Au moins 1 072 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza depuis l’entrée en vigueur de la trêve, selon le ministère de la Santé du territoire, placé sous l’autorité du Hamas, dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU.
Côté israélien, l’armée affirme avoir perdu cinq soldats et un contractuel à Gaza sur la même période.
Le Hamas avait pris le pouvoir dans la bande de Gaza en 2007 à l’issue d’affrontements avec le Fatah, la formation rivale du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, basé à Ramallah, en Cisjordanie occupée.