Au lendemain du triomphe de l’extrême droite en Saxe-Anhalt, la faible mobilisation des manifestants à Berlin lundi soir illustre le désarroi de l’opposition face à la poussée de l’AfD.
Quelques milliers de personnes se sont rassemblées lundi soir à Berlin devant la porte de Brandebourg, symbole de la réunification allemande, réclamant de «stopper l’AfD» au lendemain du triomphe du parti d’extrême droite allemand à l’élection régionale de Saxe-Anahlt. La police berlinoise a estimé à environ 5 000 le nombre de participants vers 19 h, soit une heure après le début du rassemblement, quand le coorganisateur Campact faisait état de 14 000 manifestants dans un communiqué.
La participation modeste lundi soir n’est «pas un signe que les gens se lèvent, sont prêts à agir, et qu’ils savent qu’il est déjà minuit moins cinq», se lamente Marie-Therese Hattendorf, portant une main sur son front.
Venue pour «exercer» son «droit de manifester», cette formatrice en communication non violente et enseignante dit avoir «vraiment peur que, dans cinq ans, ce ne soit plus le cas». «J’ai peur de savoir combien de temps je pourrai encore vivre dans ce pays», ajoute cette femme «de gauche» âgée de 36 ans, dont «les premières personnes de (son) entourage» ont déjà pris la décision de partir parce «qu’elles ne se sentaient plus en sécurité ici».
«Peur que notre démocratie se brise»
Le résultat de l’AfD dimanche a «déprimé» Alice, venue manifester avec son fils et son chien et qui plaide pour «une société ouverte, dans laquelle tout le monde se sent bienvenu et compris». Les électeurs allemands ont «peur que notre démocratie se brise» mais aussi «des restrictions, des changements que très peu souhaitent, de la pression, de la contrainte, des obligations», estime Ellen, 68 ans, pour qui «toutes ces peurs se sont exprimées» dimanche en Saxe-Anhalt.
Elle cite notamment «l’immigration» et «l’éducation» parmi ces principales peurs. Friedrich Merz, qui s’est dit «profondément choqué» par le succès de l’AfD, a néanmoins assuré qu’il maintiendrait ses réformes, tout en s’efforçant de «mieux les expliquer», dans un pays divisé et confronté à de multiples crises. Début 2025, juste avant les élections législatives, la perspective d’une alliance entre la droite conservatrice et l’extrême droite avait mobilisé des dizaines, voire au moins une centaine de milliers de personnes dans la capitale allemande.
Au lendemain de la victoire historique de l’AfD, les lieutenants du Rassemblement national en France se sont contentés de prendre acte, en rappelant la rupture consommée avec le parti allemand. Pas un mot de sa quadruple candidate à l’Élysée, Marine Le Pen, ni de son dauphin, Jordan Bardella. Ce dernier avait pourtant semblé se satisfaire que «la pression électorale exercée par l’AfD (ait) contribué à faire bouger les lignes au sein du gouvernement» allemand, qui «a rétabli il y a quelques mois des contrôles à ses frontières».
Le président du RN avait néanmoins souligné qu’«un certain nombre de désaccords» l’avaient «amené à prendre (ses) distances avec l’AfD». Une rupture consommée avec pertes et fracas en 2024, après la révélation d’un plan secret d’expulsion massive de personnes d’origine étrangère, et des déclarations d’un élu considérant qu’un SS «n’est pas automatiquement un criminel».