Un pétrolier russe est arrivé dans le port de La Havane pour tenter d’enrayer la crise énergétique que traverse l’île.
Une cargaison très attendue de pétrole russe est arrivée à Cuba mardi, même si elle risque de ne pas suffire pour enrayer la crise énergétique que traverse l’île, confrontée depuis janvier à un blocus pétrolier américain. L’Anatoly Kolodkin, un pétrolier russe transportant 730 000 barils de brut, est arrivé au port de Matanzas, à l’est de La Havane, vers 8 h 15 heure locale (14 h 15 au Luxembourg), selon une équipe de l’AFP sur place. Il s’agit de la première livraison de pétrole à Cuba depuis le 9 janvier.
La décision du président américain, Donald Trump, de laisser la Russie livrer du pétrole à Cuba malgré un embargo américain de facto depuis le début de l’année permet d’éviter une confrontation avec Moscou tout en donnant une bouffée de répit à l’île communiste de 9,6 millions d’habitants. Mais la Maison-Blanche assure que les sanctions américaines restent inchangées, la porte-parole Karoline Leavitt décrivant des «décisions au cas par cas». «Nous remercions le gouvernement et le peuple de Russie pour tout le soutien que nous recevons», a écrit sur X le ministre cubain de l’Énergie et des Mines, Vicente de la O Levy, la première réaction de La Havane. Cette «cargaison précieuse» arrive sur l’île «dans un contexte énergétique complexe», a-t-il souligné.
L’île est confrontée depuis des années à une crise, exacerbée par la suspension en janvier de l’approvisionnement en pétrole en provenance du Venezuela après la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis, et par la menace américaine de sanctionner tout pays livrant du pétrole à La Havane.
Stratégie américaine
Cette menace a poussé le Mexique à interrompre ses livraisons de pétrole destinées à Cuba. Faute de pouvoir approvisionner l’île, la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a annoncé un don à titre personnel de 20 000 pesos (environ 1 100 dollars) pour envoyer de l’aide humanitaire. L’objectif de ces restrictions est de contraindre La Havane à «faire de vraies concessions à la table des négociations», analyse Ricardo Herrero, directeur exécutif du Cuba Study Group, un groupe de réflexion non partisan basé à Washington. «La stratégie est de conduire le système au bord du gouffre», a-t-il expliqué, «mais pas de provoquer un effondrement total ou une catastrophe humanitaire». «Tout ça s’inscrit dans l’idée que les États-Unis ont toutes les cartes en main», a-t-il ajouté.
Donald Trump a multiplié ces derniers mois les menaces visant La Havane, évoquant même l’idée de «prendre Cuba», sans préciser ce qu’il entendait par ce verbe. Pour justifier le blocus énergétique, Trump affirme que Cuba représente «une menace exceptionnelle» pour la sécurité nationale de son pays en raison des relations qu’elle entretient avec la Russie, la Chine et l’Iran. Mais «si un pays souhaite envoyer du pétrole à Cuba dès maintenant, cela ne me pose aucun problème», a-t-il déclaré dimanche. «Cuba est finie (…) qu’ils reçoivent ou non une cargaison de pétrole» ne changera rien, a-t-il affirmé.