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Chili : le président ne démissionnera pas, malgré trois semaines de crise


"J'irai jusqu'à la fin de mon mandat. J'ai été élu démocratiquement, par une large majorité de Chiliens, j'ai un devoir et un engagement envers mes électeurs et envers tous les Chiliens", a affirmé Sebastian Pinera mardi, lui qui avait remplacé huit ministres le 21 octobre. (photo : AFP)

Il reconnaît être « responsable d’une partie » des « problèmes qui se sont accumulés depuis 30 ans » mais exclut de démissionner : en cette troisième semaine de contestation au Chili, le président Sebastian Pinera se dit ouvert aux discussions.

Dix-huit jours après le début d’une fronde sociale inédite qui a fait 20 morts dans ce pays considéré jusqu’à récemment comme un des plus stables d’Amérique latine, la mobilisation ne faiblit pas. Des dizaines de milliers de manifestants sont descendus lundi dans les rues, donnant lieu à de violents affrontements avec les forces de l’ordre. Cible de nombreuses critiques, le chef de l’État, qui gardait le silence depuis plusieurs jours, a balayé l’éventualité d’une démission, que réclament de nombreux opposants. « J’irai jusqu’à la fin de mon mandat. J’ai été élu démocratiquement, par une large majorité de Chiliens, j’ai un devoir et un engagement envers mes électeurs et envers tous les Chiliens », a affirmé Sebastian Pinera, interrogé sur une éventuelle démission par la BBC.

Une réforme de la Constitution envisagée

Cet ancien homme d’affaires milliardaire incarne la fracture entre une élite déconnectée et les protestataires qui battent le pavé depuis trois semaines. Après avoir commencé par réprimer la crise sociale, décrétant l’état d’urgence, faisant appel aux militaires et instaurant un couvre-feu, le président s’est dit mardi pour la première fois ouvert au dialogue. Les manifestations quotidiennes ont été émaillées d’échauffourées, de pillages et d’accusations de violences policières.

« Nous sommes disposés à discuter de tous les sujets, y compris une réforme de la Constitution », a-t-il déclaré après plusieurs jours sans annonce, un fait inhabituel pour ce dirigeant hyperactif et omniprésent. Approuvée en 1980 lors d’un référendum polémique sous la dictature, la Constitution a été rédigée pour garantir au régime d’Augusto Pinochet et aux partis conservateurs de conserver leur pouvoir, même une fois la dictature terminée en 1990.

Le président Pinera avait annoncé mercredi, la mort dans l’âme, l’annulation du sommet de l’APEC (forum de coopération économique Asie-Pacifique) qui devait se tenir à Santiago les 16 et 17 novembre, et de la conférence de l’ONU sur le climat COP25, également prévue dans la capitale en décembre. Ces deux évènements auraient dû permettre au Chili et à son président, qui rêvait d’une poignée de main avec son homologue américain Donald Trump, de briller sur la scène internationale.

« J’assume ma responsabilité »

Sebastian Piñera, qui a dégringolé dans les sondages et affiche la popularité la plus basse depuis le retour de la démocratie en 1990, a concédé des erreurs et formulé des éléments d’autocritique. « Nous n’avons pas écouté avec suffisamment d’attention, nous n’avons pas compris clairement le message. Et ceci n’est pas une critique dirigée uniquement envers le gouvernement », a-t-il expliqué, parlant de « problèmes accumulés ces 30 dernières années ». « J’assume ma responsabilité, mais je ne suis pas le seul », a-t-il ajouté, précisant qu’il pensait « augmenter les ressources » financières et « améliorer la qualité des politiques sociales ».

Lundi, les rassemblements en divers endroits de Santiago et d’autres villes, comme Valparaiso et Viña del Mar, ont donné lieu à de violentes altercations entre manifestants et forces de l’ordre, avec usage de lances à eau et tirs de gaz lacrymogènes. Dans la capitale, au moins une policière a été blessée sur la plaza Italia, devenue un lieu de protestation emblématique où des dizaines de milliers de Chiliens s’étaient rassemblés. Sur un cliché, on apercevait le casque de celle-ci en flammes.

La crise sociale a commencé le 18 octobre après l’annonce d’une augmentation du prix du ticket de métro, qui a été depuis annulée sans faire retomber la colère populaire. Révoltés par les inégalités sociales et une élite politique jugée totalement déconnectée du quotidien de la grande majorité des Chiliens, les manifestants réclament notamment une réforme du système de retraites et une révision de la Constitution, tous deux hérités de la période de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990), ainsi que de profondes réformes du modèle économique ultralibéral chilien. Les opposants appellent à de nouvelles mobilisations mardi soir.

LQ/AFP

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