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Aux Philippines, la faim est une des conséquences du coronavirus


Des mesures draconiennes de restrictions ont été mises en place, mettant à genoux l'économie de ce pays de 110 millions d'habitants (Photo : AFP).

A l’image de millions de Philippins, Daniel Auminto souffre de la faim. Il a perdu son travail et son modeste logement à la suite des mesures de restrictions destinées à juguler l’épidémie de coronavirus.

Pourtant, avant la pandémie, « j’avais prévu de travailler pour nous sortir de la pauvreté, d’offrir une vie meilleure à ma famille et d’envoyer ma fille à l’école », raconte M. Auminto, 41 ans.

Après avoir vécu à la rue durant des années, gagnant un peu d’argent en ramassant des déchets destinés au recyclage, la chance lui a enfin souri l’an dernier. Le quadragénaire a décroché un emploi de peintre en bâtiment.

Il a ainsi pu louer une chambre à Manille qu’il partageait avec son épouse et leur fille de deux ans et avait même réussi à économiser un peu pour réaliser son rêve: ouvrir un petit magasin.

Mais le Covid-19 a frappé. Des mesures draconiennes de restrictions ont été mises en place, mettant à genoux l’économie de ce pays de 110 millions d’habitants.

M. Auminto, après avoir tout perdu, jusqu’à ses vêtements, qui lui ont été volés, s’est retrouvé une nouvelle fois à la rue.

Avec sa famille, il dort désormais dans un parc de Manille, sur un bout de carton posé à même le sol, et dépend de l’aide alimentaire.

Les jours fastes, sa famille et lui font deux repas. Il leur arrive cependant de n’en faire qu’un et parfois même de ne rien manger de la journée.

« Je n’avais jamais vu autant de personnes souffrant de la faim », affirme Jomar Fleras, directeur aux Philippines de l’organisation internationale « Rise Against Hunger ».

« Si vous sortez, les gens vous diront qu’ils ont plus peur de mourir de faim que de mourir du Covid. Ils ne se soucient plus du Covid ».

Le nombre de personnes souffrant de la faim a atteint des niveaux records, selon une enquête des centres sociaux.

« Pas de travail »

Près d’un tiers des familles, soit 7,6 millions des ménages, n’ont pas eu de quoi se nourrir au moins une fois au cours des trois derniers mois, selon une enquête réalisée en septembre.

Parmi eux, 2,2 millions de familles ont « gravement souffert de la faim », soit le chiffre le plus élevé jamais atteint. Désormais, les organisations caritatives croulent sous les demandes d’aide alimentaire.

Alors qu’il baissait depuis 2012, ce chiffre n’a pas cessé d’augmenter depuis mai, soit deux mois après l’entrée en vigueur de mesures très strictes de lutte contre l’épidémie.

Elle ont cependant été assouplies il y a depuis quelques mois, le gouvernement essayant de relancer l’économie qui devrait enregistrer, cette année, un recul de 9,5% de son PIB.

Mais sur le terrain, la situation demeure compliquée.

Cinq jours par semaine, des bénévoles d’un centre géré par la congrégation catholique Société du Verbe Divin à Manille préparent un millier de repas à base de poulet, de légumes et de riz.

Le demande est en constante augmentation, témoigne le père Flavie Villanueva, à la tête de cette initiative.

« Nous avons commencé en avril avec 250 personnes (qui faisaient la queue). puis, 400, et ensuite 600 et désormais 800. Il y a trois semaines c’était 1.000 », raconte-t-il.

« La majorité sont sans-abri mais un bon nombre d’entre-elles ont un logement mais sont désespérées car il n’y a pas de travail ».

Le problème de la faim était déjà présent avant la pandémie. Ainsi, environ 59 millions de personnes connaissaient déjà une « précarité alimentaire modérée ou sévère » entre 2017 et 2019, soit le plus chiffre le plus élevé d’Asie du Sud-Est, selon un rapport de la FAO.

L’impact du virus sur ce problème a été aggravé par la série de typhons qui ont frappé le pays ces derniers mois, détruisant des dizaines de milliers de maisons.

Pour M. Auminto, avoir tout perdu et se retrouver à la rue est d’autant plus « douloureux » que la police nous traite « comme des animaux ».

« Ils devraient comprendre notre situation, et non nous traiter comme des porcs », pointe-t-il. « Nous vivons déjà comme des porcs. »

AFP

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