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30 ans après, le traité d’Ottawa sur les mines antipersonnel piétiné


Fatou Diaw est démineuse pour HI depuis 2018 et travaille actuellement dans la région de Ziguinchor, en Casamance (Photo : simoncelli/hi)

Pour la journée internationale d’action contre les mines, Handicap international veut questionner l’efficacité des armes utilisées dans les conflits.

Ce 4 avril marque la journée internationale d’action contre les mines. L’occasion pour l’ONG de pointer qu’en 2025, 166 pays au total ont ratifié ou adhéré au traité d’Ottawa (convention sur l’interdiction des mines antipersonnel) qui fêtera ses 30 ans l’année prochaine, et que plus de 30 États se sont déclarés exempts de mines depuis sa création.

«Paradoxalement, nous assistons à une augmentation de l’utilisation et de la disponibilité des mines antipersonnel dans les conflits à travers le monde. Le large consensus autour de l’interdiction de ces armes est entaché», regrette Handicap international dans un communiqué publié ce vendredi.

De nouvelles mines produites

«Après avoir ratifié le traité en 2012 et détruit son stock en 2016, la Pologne commencera à produire de nouvelles mines pour la première fois depuis la guerre froide. Le pays prévoit d’en produire des millions, pour être déployées le long de sa frontière est mais aussi pour les exporter, principalement vers l’Ukraine.»

«La Pologne est rejointe dans ce retrait sans précédent par l’Estonie, la Finlande, la Lettonie et la Lituanie. L’Ukraine a également exprimé son intention de se retirer, même si le traité n’autorise pas l’abandon en cas de conflit armé. Les mines n’apportent pas d’avantage militaire», insiste l’ONG.

Un effet aveugle et non contrôlé

«De nombreuses armées européennes affirment que les mines peuvent ralentir l’ennemi et offrir aux défenseurs quelques minutes supplémentaires dans les terrains boisés. Mais notre expert en armement, Gary Toombs, nuance : c’est vrai, mais l’effet produit est aveugle, unique et non contrôlé.»

«Une fois posée, plus personne n’a la maîtrise de la mine. Elle explose de manière indiscriminée, déclenchée par les victimes. Les armées modernes peuvent atteindre les mêmes résultats défensifs grâce à des systèmes qui respectent le traité d’Ottawa combinant des obstacles non létaux, des dispositifs de détection continue et une prise de décision avec l’humain dans la boucle.»

Des conséquences humanitaires

Handicap international reste fermement engagée dans l’action humanitaire contre les mines. Elle vise, dans des contextes de contamination par des engins explosifs et des restes explosifs de guerre, à contribuer au développement durable en réduisant l’impact de la violence armée, en abordant les risques et effets des armes sur les civils.

Concrètement, cela passe par l’éducation aux risques dans les communautés sur le terrain, la mise à disposition des terres en rétablissant un accès sûr, le renforcement d’une gouvernance locale inclusive, et l’assistance technique dans le cadre de l’action humanitaire contre les mines.

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