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Mobilité transfrontalière : il n’y a plus qu’à…


La mobilité entre Metz et le Luxembourg fait l'objet de cinq projets prioritaires. (illustration Jean-Claude Ernst)

Le ministre des Infrastructures François Bausch et le secrétaire d’État français Christian Eckert le promettent : une nouvelle ère s’ouvre dans la gestion de la question de la mobilité transfrontalière. Il ne reste plus qu’à dépasser le stade des intentions…

Un rapprochement dans une période tendue

Le fameux hasard du calendrier existe-t-il en politique ? C’est dur à croire. Alors que l’accident de train du 14 février dernier a complètement désorganisé les axes de circulation entre le France et le Grand-Duché, il n’est sans doute pas complètement fortuit qu’une déclaration conjointe des gouvernements luxembourgeois et français – un évènement somme toute pas si fréquent – survienne un peu plus d’un mois après le drame qui a précédé le chaos.

D’autant que le 6 mars dernier, en allant au-devant des frontaliers qui n’en pouvaient plus d’être prisonniers de leurs autos ou des trains qui n’avançaient plus, François Bausch avait incontestablement gagné des points du côté des navetteurs. «Au Luxembourg, on a l’impression qu’ils font le maximum», soutenait alors une participante en sous-entendant qu’en France, ce n’était pas forcément le cas.

Mais parce qu’en matière de mobilité transfrontalière on ne peut travailler qu’en équipe, le secrétaire d’État français chargé du Budget et des Comptes publics, Christian Eckert, est venu montrer que les relations franco-luxembourgeoises étaient constructives.

Une nouvelle façon de travailler

Si Christian Eckert a expliqué que «les contacts étaient établis depuis plusieurs mois», la conférence de presse donnée lundi, à l’issue d’une matinée de travail au ministère du Développement durable et des Infrastructures semble témoigner de nouvelles intentions.

«Jusque-là, on parlait surtout de transferts de moyens financiers vers Paris, mais cette solution ne nous plaisait pas vraiment parce que nous n’avions pas la certitude que cet argent soit ensuite investi dans la région», soutient François Bausch.

«Même s’il s’agissait de rencontres de haut niveau, nous restions trop souvent sur des généralités et butions sur leurs concrétisations», reconnaît Christian Eckert. Finies les grandes envolées, donc, et bienvenue dans le concret. Tant pis s’il est moins clinquant, pourvu qu’il soit efficace : le but, désormais, est que l’État luxembourgeois participe au financement de projets à réaliser de l’autre côté de la frontière, choisis en commun.

Cinq projets prioritaires

La réunion de lundi a permis aux deux hommes de faire le tri dans le grand sac des idées vouées à l’amélioration des échanges entre les deux pays. «Nous avons dressé une liste d’une trentaine de projets et nous en avons retenu cinq à mettre en place en priorité», a expliqué le ministre.

Nouvelles lignes de bus transfrontalières à mettre en liaison avec des park&ride à construire à Thionville, Longwy et Hettange-Grande, modernisation du tronçon ferroviaire entre Bettembourg et Thionville, prolongement de la liaison Micheville vers la RN52 (en direction de Longwy), prolongation de la ligne du futur bus à haut niveau de service Luxembourg-Belval jusqu’à Micheville et création d’une piste cyclable entre l’Écocité de Micheville et Belval : voilà les dossiers qui se situent aujourd’hui en haut de la pile.

Encore beaucoup d’incertitudes…

François Bausch et Christian Eckert se sont affichés volontaires et bien sur la même longueur d’ondes. Les intentions sont là, certes, mais il manque tout de même le plan d’application. «C’est aux acteurs français – communes, départements et région – de déterminer le calendrier puisque ces projets sont de leur ressort», a prévenu le secrétaire d’État.

Il a également reconnu que le coût de ces investissements et le pourcentage dévolu au Luxembourg n’étaient pas finalisés non plus. Compte tenu de son statut au sein du gouvernement français (secrétaire d’État chargé du Budget et des Comptes publics), cela peut paraître étonnant.

Sans compter qu’en France, comme un peu plus tard au Luxembourg, les échéances électorales sont susceptibles de modifier profondément le paysage politique… et les relations transfrontalières. Rappelons que Marine Le Pen, ce week-end, a de nouveau martelé sa volonté de «filtrer» les frontières, ce qui augure bien du plaisir aux travailleurs frontaliers.

«Ce ne sont pas des projets gouvernementaux, a souligné Christian Eckert. Si les collectivités locales les soutiennent, il n’y a pas de raison de s’en faire. D’autant que certains contrats ont déjà été actés (NDLR : notamment pour les park&ride). Et puis, la continuité républicaine, cela existe aussi en France!» Un concept qui, à lui tout seul, ne suffira pourtant pas à lever toutes les incertitudes.

Erwan Nonet

Pas d’A31 bis pour l’instant

L’A31 bis ne fait pas partie des cinq priorités dégagées par François Bausch et Christian Eckert. «Nous n’avons pas sélectionné les projets dont la maîtrise d’ouvrage étaient à la charge de l’État et de la région. Cela dépasse le cadre de cette rencontre», a expliqué le secrétaire d’État au Budget et des Comptes publics. Il a rappelé que si l’enquête publique était terminée, la décision du financement – elle – était toujours en suspens.

A3 : les trois voies bientôt à la Chambre. François Bausch a annoncé que le projet de loi concernant la mise à 2×3 voies de l’A3 sera déposé «dans les prochains mois». À l’origine, l’élargissement devait s’opérer entre Luxembourg et Dudelange, mais finalement, «nous avons décidé d’aller tout de suite jusqu’à la frontière», a-t-il précisé.

Encore mieux qu’un bus à haut niveau de service ? Le ministre du Développement durable et des Infrastructures a été bien mystérieux… Le bus type Mettis qui reliera Luxembourg à Belval – puis Micheville – ainsi que les communes du Sud entre elles verra-t-il le jour ? «Le projet est lancé, mais il est possible que l’on mette finalement en place un système encore meilleur», a-t-il glissé en fin de rencontre. Du genre RER parisien ? «Non, les infrastructures ne seront pas aussi lourdes», a-t-il affirmé sans vouloir en dire davantage.

Au moins trois nouveaux park&ride. Faciliter les transferts entre les différents modes de mobilité pour que les voitures particulières ne parcourent pas l’intégralité des trajets : voilà une idée que veulent développer ensemble la France et le Luxembourg. Trois park&ride, au moins, sortiront donc prochainement de terre à Thionville, Longwy et Hettange-Grande. Des nouvelles lignes transfrontalières de bus seront mises en place pour emmener les utilisateurs de ces P&R vers les principaux centres d’activités du pays.

Train : il faut moderniser le tronçon Bettembourg-Thionville

20160601: Dudelange-Bettembourg, triage, chemin de fer, CFL,inondation, Photo: ©Editpress/AlainRischardIl n’est pas nécessaire qu’un accident tragique survienne pour que les dysfonctionnements apparaissent sur la ligne Metz-Luxembourg. La vétusté du tronçon Bettembourg-Thionville en est une des raisons. «Il y a bien deux voies, mais elles sont à sens unique, explique François Bausch. En conséquence, lorsqu’un train est immobilisé sur cette portion, tout le trafic est bloqué dans la direction du train.»

Pour remédier à cette situation François Bausch et Christian Eckert se sont mis d’accord pour moderniser la section. Techniquement, il s’agit de la «banaliser», une idée qui était déjà sur la table «il y a 6 ou 7 ans», expliquait Christian Eckert. La banalisation des voies permettra aux trains de passer de l’une à l’autre et donc, «d’augmenter significativement le nombre de trains en circulation», souligne François Bausch. Pour ce faire, il faudra créer de nouveaux aiguillages afin de relier les voies, mais aussi renforcer la signalétique. «Ce n’est pas un chantier très compliqué, même s’il est coûteux, assure Christian Eckert. Il pourrait être mis en œuvre assez rapidement.»

François Bausch aimerait qu’il soit mené en même temps que la création des deux quais supplémentaires en gare de Luxembourg, censés être opérationnels pour 2019. «Tout serait alors en place pour une amélioration conséquente du trafic, tant pour les passagers que pour le fret», ajoute le ministre. Effectivement, on parle beaucoup du surplus de camions qui rouleront vers le pôle multimodal de Dudelange, mais le nombre de trains de marchandises devrait augmenter lui aussi…

 

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