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Procès Heaulme : vibrant hommage de Me Boh-Petit à Chantal Beining, les assises bouleversées


Me Dominique Boh-Petit, qui défend Chantal Beining, la maman de Cyril. (photo AFP)

Un duo de femmes a ému les assises mardi, au procès de Francis Heaulme poursuivi pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz, en 1986. Me Dominique Boh-Petit, qui défend Chantal Beining, la maman de Cyril, a déroulé une plaidoirie en hommage au combat de sa cliente pour que justice soit, enfin, faite.

Le combat de toute une vie. 2002, 2003, 2004, 2005… L’avocate égrène ces années au cours desquelles rien, ou presque ne se passe. Après l’acquittement de Patrick Dils, premier condamné pour les meurtres de Cyril et Alexandre, tous deux âgés de 8 ans, et avant la mise en examen de Francis Heaulme.

Ces années, pendant lesquelles Chantal Beining, la maman de Cyril, s’est effondrée tant de fois dans son cabinet. Quand on lui disait que cette affaire était trop vieille, étouffée par « l’impression que personne ne voulait faire ne serait-ce que l’effort » de chercher la vérité. Ces années, pendant lesquelles on l’accusera de faire ça « pour l’argent ». Pendant lesquelles « cette petite dame, qui ose dire : la justice, elle déraille », perd tout. Après son enfant, « son mari, sa maison, sa vie ». Et ses autres enfants, « qui s’éloignent ». Chantal Beining « tient bon, seule contre tous ». « Je peux pas faire autrement », dit-elle simplement à son avocate.

« C’est vous, c’est vous, c’est vous les juges ». Et arrive ce « procès de Francis Heaulme, 25 avril 2017. Et là c’est vous, c’est vous, c’est vous les juges », lance Me Boh-Petit aux jurés.

Derrière l’avocate, sur le fauteuil dans lequel elle a assisté à toute l’audience, Chantal Beining a le visage baigné de larmes. Ce tribunal, rappelle Me Boh-Petit, « c’est l’endroit où la justice est rendue. Et comme c’est urgent, et comme c’est nécessaire, et comme ça va faire du bien…. »

« Un aveu implicite ». Lundi, Me Boh-Petit, plus habituée à s’asseoir près du box des accusés que des parties civiles, est parvenue à faire sortir Francis Heaulme de son impassible silence. Pendant quelques minutes fugaces. Lui qui répète comme un disque rayé depuis le 25 avril « Montigny, c’est pas moi ». Qui reconnaît, parfois, être allé sur le talus SNCF où Cyril et Alexandre ont été retrouvés, le crâne enfoncé à coups de pierres. Mais qui assure, derrière la vitre de son box, ne pas les avoir tués. Lundi, grâce à Me Boh-Petit, l’accusé et la maman se font face quelques minutes. « Mme Beining veut juste savoir si Cyril est mort en premier… », tente l’avocate. Francis Heaulme la dévisage, esquisse une émotion, puis se ferme : « Montigny, c’est pas moi. »

« Francis Heaulme voulait aider Mme Beining. Son regard, sa voix, son comportement, sa posture… tout était là comme si physiquement, de son regard, il voulait l’aider », a dit Me Boh-Petit aux jurés, accrochés à chacun de ses mots. « Cet homme, s’il n’avait été que le témoin, il aurait donné ces informations à Mme Beining, pour essayer de l’aider. Francis Heaulme n’a rien dit. Je pense que c’est parce qu’il n’est pas que le témoin. » Évoquant la culpabilité, au cœur d’une plaidoirie qui a depuis longtemps emporté la salle, l’avocate « analyse » l’attitude de Francis Heaulme lundi « comme un aveu implicite ».

« C’est une sainte ». Mais elle ne s’écarte jamais bien loin de sa cliente. Un silence et elle reprend. « Cette femme, si elle ne meurt pas, c’est parce qu’elle a ce combat, qu’elle porte haut et fort. » « C’est une sainte Mme Beining », sourit-elle -une blague qu’elle lui fait, de temps en temps : c’est comme ça que Francis Heaulme parle de sa mère.

S’adressant à sa cliente, dont les larmes ne cessent de couler, l’avocate conclut : « C’est incroyable ce que vous faites depuis le début de ce procès, de nous faire rire, de vous faire jolie, d’aller chez le coiffeur, de venir dans cette salle d’audience belle, et la tête haute. » Aux jurés : « Voilà, c’est pour Mme Beining. Et Mme Beining, j’espère que je ne vous ai pas déçue. » Les yeux humides elle aussi, Me Boh-Petit retourne s’asseoir près de sa cliente. Et l’enlace.

Le Quotidien/AFP

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