Arnaud Thioux était militaire, sportif, très sociable. Aujourd’hui, il vit cloîtré chez lui, à Landres, au rythme de douleurs aussi nombreuses que variées. Sa vie a pris un tournant dramatique après son opération d’une hernie inguinale, assure-t-il.
Arnaud Thioux est militaire de carrière. D’un naturel très sociable, ce Belge aujourd’hui installé à Landres, dans le Pays-Haut, était très sportif, pratiquant notamment la course à pied et le parapente.
Sa vie a brusquement déraillé en 2017, quand il s’est fait opérer pour une hernie inguinale. Une opération a priori bénigne, réalisée dans une clinique privée de la région. «Il s’agissait d’une petite hernie de 4,5 cm, on m’a dit que je rentrerai à l’hôpital le matin, je sortirai le soir. Trois semaines après ce rendez-vous, j’étais opéré.»
Mais dès le lendemain, des douleurs importantes apparaissent. Et elles vont en s’empirant. «Au bout d’une semaine, j’ai commencé à appeler l’hôpital. On m’a fourni des antidouleurs, en me disant que c’était normal. Les hernies chez le jeune adulte, a fortiori les petites, sont les plus douloureuses.»
«C’est mon père de 67 ans qui a fait ma terrasse»
Mais le calvaire ne fait que commencer. Opéré à 26 ans, Arnaud a de plus en plus de mal à porter des charges lourdes, se pencher, marcher. «C’est mon père de 67 ans qui a fait ma terrasse.» Il décrit les discussions compliquées avec ses employeurs successifs : alors qu’il était revenu dans le civil, et qu’il travaillait au Luxembourg, sa santé précaire et ses arrêts maladies à répétition lui ont fait perdre son emploi. L’Armée (belge) l’a repris.
Mais aujourd’hui encore, malgré toutes les attestations de ses médecins, l’avenir est sombre. Le jeune homme le comprend : «Je suis payé à ne rien faire. Je ne peux plus rien faire. Ma fille de 3 ans me demande comment je me sens, les matins. Et dès que je quitte la maison, si je vais à l’hôpital.»
Parallèlement à ces douleurs immenses, l’errance médicale est un calvaire. Il faut dire qu’avec les années, tout son corps semble lâcher : il évoque des troubles urinaires, une intolérance alimentaire, des démangeaisons, des troubles de la vision. «On a pensé à une sclérose en plaques, au syndrome d’Ehler-Danlos , puis on m’a dit que c’était psychosomatique.»
«Le mal est fait»
Enfin, ces derniers mois, Arnaud Thioux trouve écho à ses maux. «Il existe, en réalité, beaucoup de témoignages très comparables au mien. Toutes ces personnes ont un point commun : elles ont été implantées par des filets ou mailles en polypropylène. Un plastique, en gros, que le corps ne tolère pas.» Or, ces implants ne peuvent pas toujours – voire rarement – être retirés. «Et même si c’était le cas, si les microparticules se sont dissoutes dans mon corps, le mal est fait.»
Ce papa de Landres a rejoint un collectif (lire par ailleurs) et souhaite aujourd’hui informer le plus grand nombre. Il montre un message reçu par un inconnu, récemment. L’homme lui explique qu’il doit bientôt se faire opérer d’une hernie, selon la même technique. Il a peur.
«Au-delà de mon cas personnel, je suis également porte-parole pour la partie Est de la France ainsi que pour la région Belgique-Luxembourg, dans le cadre de l’action collective actuellement menée par des victimes d’implants chirurgicaux en polypropylène», fait savoir Arnaud Thioux.
Cette mobilisation s’organise notamment aux côtés de Julie Canon et Arnaud Denis, qui participent également à la coordination et au relais des témoignages de patients concernés.
Ce dernier, particulièrement médiatique puisque comédien plusieurs fois nommé aux Molière, a permis de rendre plus visible ce combat. Il est aujourd’hui entré en soins palliatifs, en Belgique où il a fait une demande d’euthanasie.
Un avocat spécialisé, Pierre Debuisson, est en charge de mener l’action collective en préparation. Il s’apprête à déposer «500 plaintes d’ici la fin du mois de juin.» Sur le site prothese.hernie.fr, le groupe essaie de regrouper les informations et témoignages.
Marie Koenig
(Le Républicain lorrain)