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Parc éolien à Ottange : démêler le vrai du faux


Le parc éolien dans le secteur de Halling, près de Saint-Avold, compte une cinquantaine d’aérogénérateurs. (photo archives Julio Pelaez / RL)

Huit éoliennes à Ottange au printemps, deux à Boulange d’ici fin 2018 et un projet d’implantation en stand-by à Aumetz : malgré la réticence de certains administrés, l’énergie éolienne a le vent en poupe. Pour le meilleur ou pour le pire ? Éléments de réponse.

D’ici quelques semaines, les Ottangeois observeront les pales des éoliennes tournoyer au-dessus du massif boisé qui borde la plaine de la Croix Saint-Marc, sur les hauteurs de la commune, à 650 mètres des premières habitations. La construction du parc, qui comprend huit aérogénérateurs de 145 mètres de haut, a obtenu le feu vert du préfet et des élus communaux et communautaires.

Et ce en dépit de la vive contestation des opposants au projet qui n’ont eu cesse de déployer leurs arguments : destruction de la biodiversité, sous-sols instables, nuisances sonores et lumineuses… Des éléments rejetés par le commissaire-enquêteur.

Pour autant, leurs arguments sont-ils vraiment irrecevables ? Vérification, point par point.

Les éoliennes vont tuer les oiseaux et les chauves-souris

Vrai, mais les éoliennes sont toujours moins meurtrières que les voitures, par exemple, en nombre d’accidents. Sur ce sujet, la Ligue de protection des oiseaux (LPO), est assez mitigée : « Les éoliennes occasionnent moins de dégâts que les lignes à haute tension par exemple. Et bien qu’elles puissent être nuisibles pour certaines espèces, nous essayons toujours de conditionner leur construction à la mise en place de mesures compensatoires pour la biodiversité, comme la création de nouveaux habitats » , explique-t-on. Pour exemple, en Moselle-est, à Woelfling près de Sarreguemines, le parc éolien construit en 2012 avait, deux ans plus tard, tué deux milans royaux, une espèce de rapace.

Quant aux chauves-souris, dont la présence avérée avait annihilé le projet de parc éolien luxembourgeois de Kayl-Rumelange, à deux kilomètres d’Ottange, en 2011, elles sont bel et bien menacées, mais le risque d’accident est faible : « Une dépression formée par les pales peut faire imploser leurs poumons » , raconte le naturaliste Michel Reiner.

Mais compte tenu de la distance entre leur habitat et les éoliennes, ce genre d’incident devrait être marginal. Reste la question des grues cendrées, qui empruntent un couloir migratoire qui va du nord-est au sud-ouest du pays. « Elles dévient de leur trajectoire aux abords des éoliennes » , explique Jean-Marc Debrycke, spécialiste de la question.

Il y a des risques d’affaissement à cause du passé minier et des cavités formés dans le sous-sol

Vrai et Faux. Le sous-sol est plutôt instable, mais cela ne constituerait pas un frein à l’implantation des éoliennes, puisque les failles constatées ne sont pas situées dans la zone d’emprise du parc. En 2013, Georedis, société experte pour le compte de l’Etat, missionné par la Dréal, a rapporté la présence de nombreuses cavités, dont l’une d’elle profonde de plus de dix mètres, sur quarante centimètres de large. Une crevasse qui ne situe pas sur la zone directe d’implantation des éoliennes, même si l’une d’elle en est proche. En 2015, le bureau d’étude Socotex a confirmé l’absence de risque d’affaissement des éoliennes. Impossible cependant d’évaluer les effets à long terme des vibrations des pales sur le sous-sol…

Seule la commune va profiter des retombées économiques

Faux. À Ottange, quatre éoliennes seront situées sur des parcelles privées. Quatre autres le seront sur des parcelles communales exploitées au titre de beaux ruraux. Chaque propriétaire percevra une redevance de 3050 €/an et par Mégawatt installé. Chaque éolienne équivaut à 2 MW : soit 24 400 € par an. La commune d’Ottange percevra en plus 60 % de la part du bloc communal de la cotisation foncière des entreprises (CFE), de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) et de l’imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux (Ifer), soit environ 100 000 € par an.

La CCPHVA percevra les 40 % restants. Par ailleurs, son président André Parthenay l’affirme : « Le développement économique n’est pas l’argument principal. Ce qui compte, c’est le développement durable, et à long terme, la sécurité du pays et les créations d’emploi. »

Les éoliennes provoquent des nuisances sonores et visuelles

Vrai et faux. Tout dépend de la distance entre l’habitation et le parc, sachant que la loi interdit toute construction à moins de 500 mètres des habitations. Dans le cas d’Ottange, les nuisances sonores ont été mesurées et seront nulles, tandis que l’impact visuel sera limité grâce au massif boisé qui masquera 75 % des turbines. De fait, l’effet stroboscopique généré par les pales sera nul compte tenu de la position du soleil au coucher ou au lever.

Cet argument est régulièrement avancé par les habitants de Halling ou de Momerstroff, dans le Pays boulageois près de Saint-Avold, pour dénoncer l’implantation de nouvelles éoliennes sur le secteur, qui en compte déjà une cinquantaine.

Reste qu’il est toujours possible, en tant qu’habitant, de s’opposer à un projet de parc éolien. À Schwerdorff, près de la frontière allemande, une association a lancé une pétition qui a recueilli la signature de plus de la moitié de la population. Une décision que la maire a entendue, et qui a provoqué l’annulation du projet.

Damien Golini (Le Républicain lorrain)

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