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Les lignes bougent

En visite hier à Berlin, le Premier ministre, Xavier Bettel, a souligné le «courage politique» du chancelier Olaf Scholz. Le chef du gouvernement n’a pas fait référence à la décision de l’Allemagne d’accélérer son virage énergétique, mais bien à l’annonce d’une dotation supplémentaire de 100 milliards d’euros pour la Bundeswehr.

Le déblocage de cette énorme enveloppe pour l’armée allemande n’est qu’un des deux revirements majeurs depuis l’invasion russe en Ukraine. En acceptant de livrer des armes à un pays en guerre, Berlin est, en effet, sorti de la réserve historique due à son rôle dévastateur lors des deux guerres mondiales.

Le chancelier allemand évoque un «tournant majeur» de l’histoire européenne. Le Premier ministre luxembourgeois partage ce constat. Pour preuve : le Grand-Duché a aussi posé le geste sans précédent de fournir des armes à l’Ukraine, qui lutte avec héroïsme contre l’agresseur russe.

S’il peine à avancer sur le front ukrainien, le maître du Kremlin réussit, au moins, à faire bouger les lignes au sein de l’Union européenne, chroniquement désunie, et de l’OTAN, déclarée en état de mort cérébrale par le président Macron.

Les deux alliances n’ont encore jamais été aussi déterminées, au grand dam de Vladimir Poutine. Ce tournant majeur soulève toutefois aussi des questions.

La première concerne la course au réarmement. La fourniture d’armes à Kiev, victime d’une agression sans nom, est devenue une évidence. Face à la menace grandissante émanant de Moscou, un renforcement des capacités de défense semble aussi incontournable.

Néanmoins, les énormes montants débloqués dans le domaine militaire ne doivent en rien nuire à la lutte contre d’autres crises majeures : la pandémie, un peu jetée aux oubliettes, et surtout le réchauffement climatique.

L’autre interrogation concerne la volte-face opérée par la Hongrie ou la Pologne. Catégoriquement opposés à l’accueil de réfugiés syriens, les deux pays ouvrent aujourd’hui grand leurs portes aux réfugiés ukrainiens. Un geste humanitaire louable, mais qui laisse un goût amer.

Jean Asselborn, le doyen des ministres européens des Affaires étrangères, a entièrement raison de condamner ce deux poids deux mesures des Victor Orban et Mateusz Morawiecki.

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