L’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL) s’était déjà clairement positionnée. La Chambre de commerce avait pris le relais. Voici la Fédération des artisans qui monte au front : après une hausse de 17 % en trois ans, toute revalorisation supplémentaire du salaire minimum risquerait de mettre à genoux l’économie nationale.
La levée de boucliers intervient dans le contexte d’une réflexion politique et sociale visant à revaloriser le revenu de plus de 66 000 salariés, soit environ 15 % de la masse salariale.
Si le gouvernement décide de suivre les recommandations de la directive européenne s’y rapportant, le salaire minimum devra augmenter de plusieurs centaines d’euros.
Pour rappel : le minimum à payer à un travailleur non qualifié est actuellement de 2 700 euros, contre 3 250 euros pour un salarié qualifié.
À première vue, le Luxembourg a tout intérêt à suivre l’invitation de l’UE. Avec près de 15 % de travailleurs pauvres, le riche Grand-Duché compte le taux le plus important d’Europe en la matière.
La pauvreté guette un cinquième de la population. La pénurie de logements à un prix abordable constitue un des facteurs structurels qui provoquent ce fossé social.
L’effet d’une nouvelle hausse du salaire minimum risque d’être fortement limité si les loyers continuent de s’envoler. Le patronat a raison d’attirer l’attention sur ce fait. Un constat qui est d’ailleurs partagé par le camp syndical.
S’y ajoute désormais une nouvelle donne : avec la flambée des prix du pétrole, l’inflation, encore limitée à 1,3 %, risque de s’envoler, avec à la clé le déclenchement à court terme de plusieurs tranches indiciaires.
Il s’agirait d’une charge financière supplémentaire pour le camp patronal. Dans un tel scénario, le gouvernement s’est formellement engagé à convoquer une tripartite.
Cette perspective ne doit pas couper court au débat sur le salaire minimum. Une piste de l’UEL est de tenir compte de toutes les prestations gratuites (transport public, livres scolaires, service d’accueil pour enfants, etc.) pour évaluer le besoin d’une revalorisation.
La Fédération des artisans veut carrément abolir le salaire minimum qualifié. Rien ne dit que ce soit la bonne piste, au vu des problèmes existants. Le minimum patronal ne saurait devenir le minimum syndical.