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Le Conseil d’État a tranché

La polémique de l’été en France touche à sa fin. En tout cas, espérons-le. Pour quelques cas de femmes «trop» couvertes sur certaines plages françaises, des maires s’étaient fendus d’un arrêté municipal pour stopper l’expansion du burkini, devenu symbole des islamistes et du fossé qui se creuserait entre des musulmans de plus en plus «visibles» et le reste de la population, choquée, elle, par cet accoutrement ostentatoire. Le Conseil d’État a néanmoins tranché. Si les femmes qui se couvrent ont le droit d’évoluer dans la rue, il est normal qu’elles puissent le faire à la plage, un lieu public.

Ce phénomène est récent, c’est malheureusement depuis quelques années la course à celui ou celle qui aura l’air le plus musulman. Les Français sont habitués à ce que la foi reste de l’ordre du privé. Dès lors, on peut très bien être un(e) musulman(e) pratiquant(e) et vivre sa foi en toute discrétion. On peut donc comprendre la réaction tout à fait disproportionnée de certains maires qui ont voulu rassurer leurs électeurs et obtenir des plages uniformes où le bikini fait loi.

Mais qu’est-ce qu’on gagne dans cette histoire ? Rien. La France est la risée des médias internationaux pour avoir autant polémiqué sur ces quelques cas isolés. Les islamistes ont pu étayer leur propagande selon laquelle les musulmans ne sont pas les bienvenus en France, et le Front national attend de récolter les fruits d’une polémique estivale dont on se serait bien passé. Si pour le moment le burkini est principalement adopté par certaines musulmanes, il n’est pas exclu qu’il séduise d’autres femmes. La pression est telle sur nos corps que l’idée de ne pas avoir à montrer sa cellulite sur la plage a de quoi séduire.

En attendant, il va falloir agir sur deux fronts simultanément. S’assurer que les femmes musulmanes ne prennent par l’acte de se couvrir pour une injonction religieuse et que la liberté de choix s’applique pour tous et toutes. Mais aussi que les Français réalisent que leur pays est divers et que certains de leurs compatriotes ont une culture, une religion différente de la leur. Il est temps.

Audrey Somnard (asomnard@lequotidien.lu)

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