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Jusqu’ici tout va bien

Cette semaine, le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl a été célébré dans une certaine indifférence. Le réacteur soviétique qui était entré en fusion en 1986 est aujourd’hui scellé sous une cloche de béton. Celle-ci devrait tenir 100 ans, de quoi voir tranquillement venir…

La nature, elle, a repris ses droits dans les plaines de l’Ukraine, avec une faune et une flore foisonnantes. Même les touristes aiment à se balader, compteur Geiger en main, au milieu des ruines de la ville de Pripiat. Quand l’apocalypse fait rêver les foules, rien d’étonnant à ce qu’elles apprennent à vivre à ses côtés.

Cinq ans après Fukushima, 30 ans après Tchernobyl, les dangers du nucléaire sont connus. Et pourtant, la France n’a aucune vision sur le long terme. Devant le désastre économique de cette filière, elle soutient à bout de bras Areva et EDF, quitte à s’entêter sans discernement. Quand l’Allemagne choisit de juguler le danger, la France décide de prolonger la durée de vie de réacteurs construits pour 30 ans et qui pourraient être utilisés le double. Ce grand carénage est maîtrisé, paraît-il, mais l’homme est bien peu de choses face à l’atome. En Belgique, même acharnement irraisonné, au point que le plat pays a décidé jeudi de distribuer de l’iode à l’intégralité de sa population. Cela se passe de commentaire.

L’obstination nucléaire ne saurait mener qu’à l’incident, dans le meilleur des cas, et la tentative désespérée du Premier ministre, Xavier Bettel, d’inciter son homologue français, Manuel Valls, à fermer Cattenom, contre espèces sonnantes et trébuchantes, montre à quel point l’inquiétude est grande. Mais la France n’a que faire des millions luxembourgeois quand une filière industrielle est en jeu. Comme trop souvent, l’économie dicte la marche à suivre, sans projection sur le long terme. Car on sait déjà que prochainement, l’énergie nucléaire coûtera plus cher à produire que les énergies renouvelables. Et surtout, que les minerais nécessaires à sa production ne sont pas solubles dans l’eau, à Bure ou ailleurs.

Christophe Chohin (cchohin@lequotidien.lu)

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