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Facebook et nettoyage ethnique

Le plus insolite dans le look de Mark Zuckerberg lors de ses auditions devant les élus américains, ce n’est pas tant le costume que les petits souliers qu’il a chaussés : pour préparer le face-à-face, le fondateur de Facebook a fait appel à un coach en «humilité». Sommé de s’expliquer sur sa gestion du réseau social, la protection des données et la manipulation politique, le milliardaire de 33 ans a réitéré ses excuses, sans céder sur le fond. Pourquoi ne pas avoir stoppé le transfert de données à Cambridge Analytica quand il est apparu que la firme les détournait? Zuckerberg ne répond pas. C’est pourtant limpide : les données de ses deux milliards d’abonnés sont l’or noir qui alimente sa machine à cash, étant entendu que sur internet, quand c’est gratuit, le produit c’est l’utilisateur. Il est toutefois difficile d’évaluer à quel point l’usage dévoyé des données de 87 millions d’abonnés – dont plus de 2 600 au Grand-Duché – a influencé l’élection de Trump. L’ONU, pour sa part, ne doute pas du rôle joué par Facebook dans le massacre des Rohingya en Birmanie. Le 13 mars, le Conseil des droits de l’homme dénonçait le réseau social comme principal relais des messages de haine des bouddhistes extrémistes appelant à l’annihilation de l’ethnie musulmane. Depuis août, 6 700 Rohingya ont été assassinés et 700 000 ont fui ce «nettoyage ethnique». Dans ce pays à l’ouverture récente, internet c’est d’abord Facebook et ses 30 millions d’abonnés. Mais la société n’y a pas de filiale et ses employés de la Silicon Valley ne connaissent pas le birman. Et lorsque le réseau intervient, il se fait berner et supprime les comptes de Rohingya et de leurs soutiens.
Père la morale, Facebook censure les seins nus de La Liberté guidant le peuple quand une photo de l’œuvre de Delacroix est publiée sur une de ses pages. Mais se satisfait des appels au meurtre lancés sur sa plateforme. Que valent les excuses de Zuckerberg face à cette complice et criminelle hypocrisie? Malgré sa contrition, il a expliqué mardi aux sénateurs américains que cela prendra du temps pour changer Facebook. Peut-être devrait-il aussi l’expliquer aux Rohingyas.

Fabien Grasser.

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