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Chez Amazon France, « on ne faisait pas de la première nécessité »


Des salariés d’Amazon France témoignent de leurs conditions de travail au sein des entrepôts de la société, en pleine épidémie de Covid-19. (photo AFP)

« On vendait des bonbons, des clefs USB, c’était pas essentiel à la survie ». Devant l’entrepôt d’Amazon à Brétigny-sur-Orge, des intérimaires se disaient soulagés jeudi de la fermeture du site pour cinq jours au moins, après un rappel à l’ordre de la justice.

« S’ils ne me renouvellent pas, j’aurai les boules d’avoir risqué ma santé pour aider une société qui a les moyens d’arrêter complètement pendant deux mois », peste Pierre (prénom modifié), un intérimaire de 23 ans qui a été recruté le 15 mars pour une mission de deux mois.

Mardi, le tribunal de Nanterre a demandé à Amazon de limiter ses livraisons aux seuls produits essentiels et d’évaluer les risques liés au coronavirus. Le lendemain, le géant de la livraison décidait de fermer tous ses sites en France à partir de jeudi jusqu’à mardi inclus tout en maintenant les salaires de ses employés.

« Ils ont mis des semaines à nous passer du gel hydroalcoolique, à nous passer des masques (…). Pendant une semaine, on a travaillé sans gants », déplore Pierre. Amazon assure pourtant avoir distribué « plus de 127 000 paquets de lingettes désinfectantes, plus de 27 000 litres de gel hydroalcoolique, ainsi que plus de 1,5 million de masques » à ses salariés.

« C’est pas très humain ce qu’ils ont fait. On est plus de 2 000 dans l’entrepôt, les risques sont plus élevés que chez un opticien où ils sont peut-être trois dans la boutique. Pourtant ces commerces ont été fermés ».

Une ambiance dégradée depuis le début de l’épidémie

Amazon avait annoncé le 21 mars cesser ses commandes « moins prioritaires » pour privilégier les produits d’hygiène ou de base pour la maison mais « des médicaments, je n’en ai pas vu, des masques très peu et des lingettes pareil », détaille Pierre. « On ne faisait pas de la première nécessité, on vendait des bonbons, des clefs USB, des trucs pour les photocopieuses… », ajoute-t-il.

Il décrit une ambiance dégradée depuis le déclenchement de l’épidémie dans l’entrepôt géant de Brétigny, le plus grand site du distributeur en France. Quand le confinement a commencé « les CDI se sont tous mis en arrêt maladie et il ne restait que les intérimaires ». « C’était tendu, les gens se prenaient la tête pour rien », se rappelle Pierre. « Par exemple quand une personne marchait un peu vite parce qu'(elle) était en retard pour sa prise de poste et ne respectait pas les distances de sécurité, certains se sentaient agressés ».

Félix, un autre intérimaire recruté le 1er avril, raconte aussi les pauses rognées en raison des mesures de sécurité prises par Amazon. « C’est pas évident d’être debout pendant des heures, donc les pauses, c’est 30 minutes où on peut essayer de bavarder. Mais là, les heures de pause n’étaient plus les mêmes, tel ami avait une pause séparée, on ne pouvait plus se voir », regrette-t-il.

Son ami Ricardo reconnaît que si les mesures de distanciation pendant les pauses étaient efficaces, « sur les stations de travail, on ne respectait pas du tout les distances ».

« Tout ce que je souhaite, c’est qu’Amazon prenne conscience qu’on est venu malgré tout. Si on est des intérimaires, c’est qu’on est en recherche d’emploi, donc s’ils pouvaient nous prolonger pour nous remercier, ce serait la moindre des choses », espère Pierre.

AFP/LQ

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