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[Musique] United States of Dolly Parton


Photo : afp

En Dolly Parton, qui s’est mêlée des grands débats agitant l’Amérique avec humour et franc-parler tout en restant à l’écart du jeu politique, c’est un pays polarisé qui pleure aujourd’hui une rare icône commune.

De Donald Trump au très à gauche Zohran Mamdani, personnalités du monde du spectacle et des affaires ou anonymes : les réactions émues à la mort de Dolly Parton, mardi soir à l’âge de 80 ans, marquent un rare moment de cohésion dans des États-Unis minés par les divisions. Le président républicain a annoncé que les drapeaux seraient en berne pendant une semaine en hommage à l’artiste country, qualifiant sa disparition de «véritable perte pour des millions de personnes».

Ses prédécesseurs n’ont pas été en reste : Joe Biden a qualifié la chanteuse de «symbole américain» qui «traitait tout le monde avec gentillesse et respect». «Difficile d’imaginer beaucoup de gens ayant eu un impact plus grand que Dolly Parton», a réagi Barack Obama, rappelant sur X la naissance de la chanteuse dans une pauvreté extrême, l’immense succès de sa carrière ainsi que sa philanthropie.

«Enfants de Dieu»

«Elle était unique en son genre. Une grande auteure-compositrice et interprète qui racontait avec sincérité, humilité et sensibilité les histoires des Américains ordinaires», a souligné Bill Clinton, autre ancien président démocrate, lui aussi âgé de 80 ans. Son successeur républicain George W. Bush a, quant à lui, salué «une artiste formidable et une personne encore plus remarquable». Elle «était une personne extraordinaire et une défenseur irremplaçable de la classe ouvrière», a encore tweeté le maire de New York, Zohran Mamdani, membre de la petite formation des Socialistes démocrates d’Amérique.

Mardi soir, l’Empire State Building à New York a fait scintiller ses lumières en rose, couleur fétiche d’une star qui, de son soutien à la communauté gay à ses débordements de strass, plaisait à toute l’Amérique, chrétienne ou pas, féministe ou non, progressiste ou traditionaliste, populaire ou bourgeoise… Chacun pouvait s’y retrouver. Car Dolly Parton ne s’est jamais laissée enfermer dans l’orientation, historiquement très conservatrice, de ce courant musical qu’est la country. Mais elle s’est bien gardée aussi de montrer une quelconque préférence pour le camp opposé, en répétant que ses chansons lui suffisaient à s’exprimer.

«Pas de meetings politiques pour moi. Je dis toujours pour plaisanter : mon papa était républicain, ma maman était démocrate, et moi je suis une « hypocrate »», avait-elle blagué dans une interview en 2018 avec une chaîne de télévision de son Tennessee natal. Elle y expliquait surtout avoir des fans de tous bords politiques et ne vouloir en blesser aucun. Elle a toutefois laissé sa marque sur bien des débats de société, en usant de son franc-parler et de son humour pour déminer le terrain si besoin.

«Nichons» et élection

«Nous sommes tous des enfants de Dieu», avait-elle dit pendant une interview en 2016 avec le célèbre présentateur Larry King, à propos de son soutien à la communauté LGBT+. En 2016, dans un entretien avec le New York Times, elle s’était même dite «fière» de sa popularité dans les milieux gays et avait blagué : «Il y en a parmi eux qui me ressemblent plus que je ne me ressemble moi-même.»

Pendant la pandémie de Covid-19, elle s’était aventurée sur un autre terrain politiquement chargé en finançant la recherche d’un vaccin et en encourageant les Américains à se faire vacciner. Elle avait ainsi entonné une version détournée de son tube Jolene, rebaptisé Vaccine, en tournant une vidéo de sa première injection. Dolly Parton, qui a bousculé une industrie de la musique country dominée par les hommes, en revendiquant de contrôler son image et ses revenus, ne se décrivait pas comme féministe : «Ce n’est pas une étiquette que j’ai besoin de me coller. Je suis juste à fond pour les filles», avait-elle confié au Guardian en 2019.

Après des propos en 2016 qui avaient été interprétés comme un possible soutien à la candidate démocrate à la Maison-Blanche Hillary Clinton, elle avait rectifié le tir. «Je n’ai soutenu ni Hillary Clinton ni Donald Trump. J’essaie de ne pas me mêler de politique, mais si je le faisais, je ferais aussi bien d’être candidate moi-même parce que j’ai les cheveux qu’il faut pour ça, ils sont énormes, et puis on a toujours besoin de plus de nichons dans cette élection. Mais sérieusement, je n’ai pas décidé pour qui voter», avait-elle écrit. «Canonisation instantanée», a écrit le chanteur et guitariste Jack White sur Instagram.

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