La 41e édition des Victoires de la musique rassemble vendredi soir des figures du paysage musical français comme Feu! Chatterton, Vanessa Paradis et Orelsan, mais aussi des artistes à l’ascension fulgurante, dont Helena, L2B et la favorite, Theodora.
Reflet des tendances qui ont marqué l’année dernière, les Victoires de la musique font le grand écart entre les styles (pop, rap, rock…) qui de plus en plus s’entrecroisent. Preuve en est avec Theodora, nommée dans cinq des neuf catégories : révélation féminine, révélation scène, album, mais aussi chanson et clip de l’année pour Fashion Designa. Depuis Kongolese sous BBL fin 2024, la «Boss Lady» bouscule les codes et enchaîne les collaborations éclectiques, de Juliette Armanet à Gims.
D’autres artistes se démarquent comme Helena, chanteuse belge découverte à la Star Academy. «Le principe des Victoires me touche parce que je sais que le public qui m’écoute au quotidien est ultra présent, mais je ne savais pas ce que le monde professionnel pouvait penser de ma musique», a-t-elle confié avant la cérémonie. L’artiste franco-coréenne Miki, découverte avec Échec et mat et son clip artisanal devant une chaîne de restaurants, tout comme Charlotte Cardin, venue du Québec avec son tube Feel Good, participent à ce renouveau de la scène francophone.
Majorité féminine
Les nommées des révélations féminines sont les mêmes que pour les révélations scène : Miki, Helena et Theodora montrent que, dans un océan de musique disponible en quelques clics, le live permet d’imprimer sa singularité auprès du public. «Elles ont réussi à imposer leur marque de fabrique dans des délais extrêmement courts, avec des esthétiques et des processus de développement très différents», analyse Antoine Gouiffes-Yan, président des Victoires de la musique. Les chanteuses monopolisent aussi la catégorie de la chanson originale de l’année – la seule ouverte au vote du public – dont Marguerite, elle aussi révélée par la Star Academy, avec Les filles, les meufs, ballade devenue hymne à l’amour lesbien. Au total, 21 des 34 nominations reviennent à des artistes féminines, certaines en cumulant plusieurs.
En lice avec Le Retour des beaux jours, opus coécrit avec Étienne Daho, Vanessa Paradis reste l’artiste féminine la plus titrée des Victoires, avec sept trophées.
Diffusée depuis la Seine Musicale à 21 h 10 sur France 2, France.tv et France Inter, la cérémonie sera présentée par Cyril Féraud et Helena Noguerra, avec Mika comme président d’honneur. Elle comptera plusieurs poids lourds déjà récompensés : le groupe pop-rock Feu! Chatterton emmené par Arthur Teboul, la star internationale Aya Nakamura, la showgirl Santa, l’ancien vainqueur de la Star Academy Pierre Garnier ou encore Orelsan. Si ce dernier est récompensé pour La Fuite en avant, déclinaison musicale de son film Yoroï, le rappeur de Caen égalerait les records d’Alain Bashung et Matthieu Chedid, 13 Victoires chacun. Un autre rappeur, et chanteur, quadragénaire attire l’attention : porté par un duo avec Theodora (Melodrama) Disiz signe un retour remarqué et vient de remplir plusieurs soirs l’Olympia.
Grand écart générationnel
Du côté de la relève masculine, l’heure est à la pop rétro chez le Nordiste Sam Sauvage, ou au rap baigné de multiples influences afro chez le trio L2B, en préparation pour ses premiers Accor Arena, et chez Ino Casablanca, sur les lèvres de nombreux programmateurs.
Tradition oblige, les Victoires réaliseront le grand écart entre les générations. Après Sylvie Vartan et Eddy Mitchell en 2025, la chanteuse grecque francophile Nana Mouskouri, 91 ans, recevra une Victoire d’honneur pour sa carrière jalonnée de succès, dont Quand tu chantes (1976) qui connaît un regain de popularité avec la série Netflix Cassandra. Indochine – 40 ans de tubes et plus de treize millions d’albums vendus – doit quant à lui recevoir un prix spécial pour sa tournée record, réunissant plus d’un million de spectateurs.
Indochine, l’heure de la réconciliation
Retour surprise pour Indochine aux Victoires de la musique, après que le groupe a boycotté la cérémonie pendant plusieurs années, l’estimant «galvaudée». Le groupe pop rock, qui cumule plus de deux milliards de streams dans le monde et plus de treize millions d’albums vendus depuis le début de sa carrière, renoue avec la grand-messe de la chanson française à l’occasion de cette 41e édition pendant laquelle lui sera décerné un prix spécial.
Indochine avait pris ses distances à travers des déclarations publiques en 2018 : Nicola Sirkis, son leader, avait critiqué le système de vote par des professionnels de l’industrie et une cérémonie qui met les artistes en compétition. Dans le paysage musical depuis plus de 40 ans, le groupe a glané de nombreuses récompenses, dont deux Victoires, pour l’album Paradize en 2003 et une Victoire d’honneur en 2011.
Cette fois-ci, c’est pour sa tournée exceptionnelle qu’Indochine va être distingué. Les artistes ne seront toutefois pas présents sur place, car en concert à Bruxelles. Depuis janvier 2025, Nicola Sirkis, Oli de Sat, Marc Eliard, Boris Jardel et Ludwig Dahlberg – moyenne d’âge 58 ans – ont donné une centaine de concerts, en France, Belgique et Suisse. La tournée doit s’achever en mars par neuf soirs à l’Accor Arena, à Paris. Tous affichent complet depuis longtemps. À son issue, Indochine aura alors réuni plus de 1,2 million de spectateurs, devenant le premier groupe à vendre autant de billets pour une tournée en territoires francophones, selon les chiffres indiqués dans ses communiqués.
Sur scène, la formation livre un spectacle à sa mesure, en fusion avec le public qui entonne les classiques : Nos célébrations (2020), Trois nuits par semaine (1985) ou encore la ballade J’ai demandé à la lune (2002). Impossible non plus d’échapper à « l’Aventurier », invitation à danser depuis 1982. La liste des morceaux est enrichie de succès plus récents comme L’Amour fou, issu de Babel Babel, leur 14e album studio paru en 2024.
Indochine revendique, par ailleurs, des tarifs de billetterie accessibles et fustige le principe de la tarification dynamique, un mécanisme parfois utilisé pour maximiser les recettes de billetterie en faisant varier les prix selon la demande.