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[Musique] Les albums de la semaine : Kim Gordon, Fugazi, Eliza…


Une rencontre iconique sortie des oubliettes du hardcore, le rock avant-gardiste et toujours mordant de Kim Gordon, la soul expérimentale, sensuelle et engagée d’Eliza… Découvrez nos coups de cœur musicaux de la semaine.

Play Me

Kim Gordon

rock

Voilà déjà quinze ans que le célèbre groupe de New York Sonic Youth est mort, dans la foulée de la séparation de son couple emblématique, Thurston Moore et Kim Gordon. Une formation qui, si elle a fait de cette dernière une légende, ne l’a pas réduite à un personnage. Comprendre que cette icône de l’avant-gardisme et du féminisme ne peut être rangée dans une case. Sa résurrection, opérée après la sortie de sa biographie (Girl in a Band), en est la preuve : il y a eu No Home Record (2019) et The Collective (2024), deux albums qui appuient sa démarche : celle «d’une artiste qui fait de la musique». À l’oreille, cela se traduit pas une mutation qui place côte à côte noise rock et sons electro-industriels, sur lesquels elle pose sa voix nonchalante, dans une tonalité parfois proche du rap, et ce, pour mieux pointer du doigt un monde qui s’effiloche.

Play Me boucle cette trilogie, dans une filiation qui s’observe sur plusieurs points. D’abord, on retrouve aux manettes Justin Raisen, connu pour ses collaborations prestigieuses (Charli XCX, Ariel Pink) et ses accointances avec le milieu du hip-hop. Ensuite pour cette musique suffocante, fidèle à son ADN qui mêle trap rap, guitares oppressantes et boucles entêtantes. Enfin pour le contenu, toujours mordant, ici tourné vers Donald Trump et les MAGA. Seule différence, notable : cet album est plus court et plus percutant. Une nouvelle démonstration qu’à bientôt 73 ans, Kim Gordon n’a jamais sonné aussi moderne.

G. C.

Albini Sessions

Fugazi

hardcore / punk

Pour tous les fans de sonorités qui cognent, voici une réunion qui fait saliver : celle entre Fugazi et Steve Albini. Pour les autres, rappelons que le premier est l’un des groupes les plus influents de la scène hardcore américaine des années 1980-1990, et le second un musicien, ingénieur et producteur sans pareil, qui a fait les beaux jours d’une scène rock remuante, sur scène (Big Black, Shellac) ou auprès des autres (PJ Harvey, Pixies, Nirvana…). Une rencontre entre deux figures radicales qui s’est opérée en 1992, alors que la bande à Ian MacKaye galérait depuis deux ans à finaliser ce qui allait être son troisième album, In on the Kill Taker. Pour se débloquer, elle file alors à Chicago, aux Electrical Studios, réputés pour ses enregistrements sans concession, privilégiant le matériel brut sans traitement. Elle devait y séjourner un week-end, le temps de se faire les dents sur trois chansons entre amis – elle y restera plusieurs jours avec, au bout, douze titres bruts de décoffrage.

Pourtant, l’Histoire retiendra qu’après cet épisode, l’ardeur va vite retomber et chacun s’accordera sur le fait qu’il ne verra jamais le jour. Fugazi retourne à Washington D. C. et, moins d’un mois plus tard, achève son disque, rangeant cette version aux oubliettes et ne laissant à la postérité que des éditions pirates. Le tir est corrigé avec cette sortie officielle, en hommage à Steve Albini, mort en 2024, et en soutien à l’organisation Letters Charity qu’il appuyait, venant en aide aux familles en situation de pauvreté.

G. C.

The Darkening Green

Eliza

neo-soul / R’n’B

Inclassable, Eliza? Oui et non – tout dépend du moment où l’on considère qu’elle a véritablement commencé sa carrière. Jadis connue sous le pseudonyme d’Eliza Doolittle, la Britannique a traversé la décennie 2010 en montrant l’étendue de son talent, portée en solo vers le pop-punk tendance ska, mais capable de tenir la dragée haute à des artistes aussi variés et prestigieux que Shane MacGowan, Nick Cave, Disclosure ou… les ex-Spice Girls. Avant, en 2018, d’acter sa rupture avec le label Parlophone et de se réinventer sous son seul prénom, sondant depuis lors un style bien distinct. A Real Romantic (2018) témoignait de son talent d’expérimentatrice soul, prenant ses marques sur des grooves de basse remuants et une réverbération subtile pour donner plus de profondeur à la voix; A Sky Without Stars (2022), exceptionnel deuxième tour de force, creusait la même veine selon un point de vue strictement minimaliste, la voix chuchotant sur des nappes faussement synthétiques.

De retour avec The Darkening Green, Eliza donne à cette trilogie officieuse, sinon son chapitre final, du moins son point d’orgue, en évoluant toujours de la même manière : avec une subtilité qui force l’admiration. Nous évoquant toujours les univers de certains contemporains comme Lianne La Havas et, surtout, Sault, Eliza revient à une neo soul ronde et sensuelle, qui comme précédemment tire sa force de la puissance politique de ses textes, qui regardent droit dans les yeux une époque marquée par la cupidité et l’individualisme.

V. M.

Lost Tape – 1980

Abdou El Omari

world

En 2016, six ans après sa mort des suites d’une maladie – et alors qu’il était tombé dans l’anonymat le plus complet –, c’est au label belge Radio Martiko que l’on devait la découverte d’Abdou El Omari, à travers une série d’albums enregistrés et sortis à l’origine dans les années 1970 et 1980. À la façon des Quatre Saisons de Vivaldi (les disques s’intitulent Nuits de printemps, Nuits d’été, etc.), le musicien marocain y mariait les sonorités délirantes, quasi psychédéliques, des premiers synthétiseurs aux traditions musicales de sa culture berbère. Le temps a ainsi révélé cet obscur personnage, dans le sillage de nouvelles générations d’artistes repensant leur héritage culturel et musical (le rock algéro-français de Rachid Taha, puis, plus tard, Altin Gün pour le rock anatolien ou Nu Genea pour la funk napolitaine).

Au tour maintenant de Born Bad Records, label français bien-aimé des amateurs de raretés et curiosités en tout genre, de mettre la main sur un enregistrement inédit. Directement tirée des archives personnelles du musicien – miraculeusement retrouvées par un ami et confiées à un collectionneur –, cette Lost Tape regroupe douze titres exclusivement instrumentaux qui filent comme un voyage entre jazz onirique et funk extravagant. Avec toujours, en fond, la volonté audacieuse de moderniser les traditions musicales de l’Atlas, avec un grain de folie plus (Lobna, Alach Yayouni) ou moins (Taksim Abdou, Angham Chaabia) prononcé, mais toujours rafraîchissant.

V. M.

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