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[Musique] Les albums de la semaine : .idk., YĪN YĪN, Sunday Mourners…


Du rap sous les barreaux, une musique libre comme l’air et un rock décomplexé : découvrez nos coups de cœur musicaux de la semaine.

«E.T.D.S. a Mixtape by .idk.»
.idk.
rap

Comme dans Da Vinci Code, voici un disque où tout est question de chiffres et de symboles. Il y a d’abord ces quatre lettres, pour un titre qui signifie en réalité «Even the Devil Smiles», philosophie que se propose de développer .idk., de son vrai nom Jason Aaron Mills, né à Londres avant de faire les 400 coups à Baltimore, dans le Maryland. Jeune cambrioleur, il va être condamné à la prison dès ses dix-sept ans. La sentence est sévère : quinze ans. Il n’en fera que trois (il aurait dû être libéré en 2025) mais restera marqué par l’expérience. C’est ce qu’il raconte dans cette nouvelle production qu’il voit comme une «mixtape», objet culte des années 1990-2000 qu’il a traversées comme une comète. C’est à travers elle qu’il a connu le rap, et c’est avec elle qu’il compte raconter ses tourments. Logique, donc, que l’offrande démarre par l’enregistrement d’un appel en PCV provenant d’un établissement pénitentiaire. La suite, bien que contenue à la thématique (il y est question de survie, de responsabilité et de seconde chance), est moins aride, proposant sur plus d’une demie heure un rap de haute facture, coincé entre deux époques et appuyé par une liste d’invités qui en impose : Black Thought (The Roots), Joey Valence & Brae, Pusha T, RZA et même MF Doom! Du beau monde au micro, comme derrière les platines (Kaytranada, Madlib, Conductor Williams…) qui donne le tempo à un album vivant et coloré, filant à fond la caisse avec ses histoires brutes et honnêtes. Il n’y a plus qu’à sortir le walkman.
G. C.

«Yatta!»
YĪN YĪN
world / instrumental 

À la manière d’un Khruangbin ou de Sababa 5, il y a des groupes qui, dans un monde polarisé et découpé par des frontières fictives, prônent l’unité, démarche charitable qui ne s’embarrasse pas des styles, et encore moins de la géographie. C’est également le cas de YĪN YĪN qui, rien qu’à travers son appellation, se reconnaît des préférences pour la musique d’Asie du sud-est, mais sans en être limité. Sur Bandcamp, elle dit ainsi prendre ses racines sur la côte ouest américaine pour s’étendre jusqu’aux rivages de l’Afrique. Même universalité dans les genres, qui visent large, entre disco, funk, soul et électronique. Un melting-pot qui, de surcroît, trouve ses sources aux Pays-Bas, à Maastricht plus précisément, ville où ce quatuor a ses bases. Dans ses tenues psychédéliques venues des années 1970, il développe depuis quasi une décennie une musique au charme contagieux, principalement instrumentale et hautement perchée. Voyons alors cela comme un trip cosmopolite ou du folklore en lévitation, confirmés par ce quatrième album qui fait mieux que les précédents, ne serait-ce en raison de sa capacité à trouver une harmonie entre de multiples influences. Des chansons qui peuvent être festives (comme le montre la pochette où les pétards explosent plus qu’ils ne se fument) comme tranquilles, avec toutefois un point commun entre elles : des lignes de basse qui glissent à merveille sur des rythmes légers. Oui, YĪN YĪN a la science du groove et ne cesse de la développer. Bientôt, le monde sera trop petit pour lui.
G. C.

«A-Rhythm Absolute»
Sunday Mourners
rock

Que ceux qui se demandent si le rock se porte bien soient rassurés : il est en grande forme. Déjà en 2025, il a été détricoté et poussé dans ses retranchements par de nombreux groupes, dont deux plus audacieux que les autres (Lifeguard et Geese). Et depuis la nouvelle année, il est resté sur son 31 – tenue chic qui s’observe dans les offres précoces de Winged Wheel ou de Shaking Hand. Sunday Mourners confirme l’idée depuis Los Angeles (Californie) et prouve une nouvelle fois que la jeunesse, aussi affranchie soit-elle, n’a pas oublié ses gammes. Certes, elle avance droit devant, insolente et cheveux au vent, consciente que tout lui est permis. Mais elle y met la manière, fignolée par d’autres avant elle. Il n’aura fallu qu’un EP au quatuor (Boyfriend/Girlfriend, 2024) pour maîtriser la recette qu’il définit ainsi : «Un mélange de minimalisme, de mélodie et d’énergie brute primitive.» À l’oreille, ça sonne avant tout comme une réunion de légendes, que l’on évoque Television, Modern Lovers et The Feelies (pour la partie américaine), comme la classique doublette britannique Wire-The Fall. Dix titres qui filent sans fausse note, avec des accointances prononcées pour le punk et l’expérimentation, et des mélodies en pagaille dedans. Sommet de cette démonstration qui emballe à merveille un réussi premier album, le morceau Darling qui court sur plus de douze minutes, porté par des guitares nerveuses et une fièvre post-adolescente. Dire que l’on n’est qu’en janvier. Ça promet!
G. C.

«Crystal Eyes Stalk at Midnight»
Sean Wolcott
pop / instrumental

Il y a des compositeurs qui aiment remonter la trace des créateurs de musique de film et de ceux, plus large, de la «Library Music» (littéralement «Musique de Bibliothèque»), définition hautement aléatoire qui regroupent également les bandes-sons de séries et autres génériques télévisés. Un exercice qui, souvent, mise sur l’instrumental et le grandiloquent avec ce qu’il faut avec : cuivres, cordes et choeurs. Mais l’activité est régulièrement l’affaire d’un seul homme (ou femme), réduit à l’espace restreint d’un studio et d’un travail sophistiqué. Rien d’étonnant, alors, que certains restent dans l’ombre de leurs machines. C’est le cas de Sean Wolcott, illustre inconnu alors qu’il vient de signer… son douzième album. Corrigeons donc le tir en se penchant sur une généreuse discographie qui apprécie à ses heures le lugubre et le sanguinolent, à l’image de Voce d’Ombra (2024) et Violent Hand of the Sleeping City (2023). Une esthétique que le musicien retrouve avec ce nouveau disque inspiré des sonorités psychédéliques d’oeuvres françaises et italiennes, particulièrement du «giallo», genre cinématographique coincé entre le policier, l’horreur et l’érotisme, popularisé par Dario Argento. Pour le coup, même s’il met la main à la pâte, il s’entoure d’une dizaine de compagnons de jeu pour développer un son à la rondeur impeccable, mixe de pop, de jazz et de soul. Sans être trop terrifiante, sa BO est d’abord d’une grâce gothique. Ne reste plus qu’à invoquer les esprits pour trouver un réalisateur.
G. C.

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