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[Magazine] Venezuela : l’art de faire chuter le taureau


Photo : afp

Tirer le taureau par la queue n’est pas une expression, mais une ancienne tradition de rodéo, qui trouve ses racines au Venezuela. Le «coleo» y est même encore populaire, malgré les critiques des associations de protection des animaux. Ambiance.  

Les quatre cavaliers se bousculent près du toril pour se placer au mieux, attendant leur proie. Les chevaux se heurtent, soufflent quand soudain le jeune taureau jaillit à toute allure. L’objectif : être le premier à l’attraper par la queue et le faire tomber. Le «coleo»(littéralement le «queue-tage») de taureaux reste très populaire dans les plaines du Venezuela et attire des milliers de spectateurs, mais il est aussi la cible de vives critiques des associations de protection des animaux. Il se pratique également dans les plaines colombiennes, au Brésil ou au Mexique, pays à tradition d’élevage bovin. Aux États-Unis, les cow-boys s’affrontent eux aussi dans des disciplines similaires lors des célèbres rodéos.

Quand la ville de San Fernando de Apure, au cœur des plaines vénézuéliennes, célèbre sa foire llanera, le programme est toujours le même : concerts, bals de «joropo» (danse classée patrimoine de l’Humanité en 2025) et «coleo». La plupart des participants ont commencé à «colear» enfants, avec leur père, leur grand-père ou comme ouvriers agricoles. C’est une tradition centenaire que les spécialistes font remonter à l’époque de la colonisation espagnole. Rafael Delgado, 35 ans, a d’ailleurs commencé à l’âge de dix ans sur les conseils de son père qui travaillait dans une ferme.

«Il m’a transmis ça. Cela fait partie de notre culture et de celle des Vénézuéliens», confie-t-il juste avant d’entrer en lice. «C’est le sport national!», estime même Neomar Sanoja, l’un des juges, qui trouve important de souligner que la fédération comprend des femmes et des enfants. Le déroulement? À chaque manche, les quatre concurrents sont affublés chacun d’une couleur, rouge, jaune, vert ou bleu. Encadré par des planches en bois et les tribunes, le couloir d’action mesure 200 mètres de long et seulement 10 mètres de large, avec un sol sablonneux humidifié.

C’est le sport national du Venezuela!

Pour atteindre la queue du taureau, les cavaliers exécutent toutes sortes de prouesses, s’abaissant parfois jusqu’à presque toucher le sol avec leurs épaules en plein galop. Profitant de la vitesse du cheval, ils tirent la queue de l’animal tout en le dépassant, faisant tourner et tomber le jeune taureau, désemparé, qui tente de s’échapper. Avant d’être tiré à nouveau par la queue et de retomber. Les cavaliers éperonnent et fouettent leurs chevaux pour prendre de la vitesse et être le premier à se saisir à nouveau de la queue. Ainsi, encore et encore, pendant quatre minutes. Les points varient selon la manière dont l’animal chute.

On compte environ 200 «coleadores» dans ce seul événement. Ils portent des masques de hockey et des protections aux bras et aux jambes. De la musique, une sorte de country locale, retentit à plein volume et, depuis une tour, l’un des juges commente la compétition à toute vitesse. Florelbis Linares veut s’y essayer, mais son petit ami, «coleador» lui-même, veut l’en empêcher, estimant que c’est trop dangereux. Elle vient de la ville voisine Barinas à la foire de San Fernando pour le voir à l’œuvre depuis les tribunes. 

«On ressent l’adrénaline rien qu’en regardant depuis ici», explique la jeune femme de 23 ans assise sur la barrière de protection, les pieds tournés vers la piste. La souffrance du taureau préoccupe peu un public habitué. Ce qui n’est pas le cas de l’ONG Anima Naturalis, qui demande l’interdiction de ces concours. «C’est de la cruauté et un abus de pouvoir envers des animaux sans défense» écrit-elle sur son site internet. «C’est cela que vous appelez culture?», accuse pour sa part la fondation Napda, montrant une vidéo où le public donne des coups de pied et lance des objets à un taureau pour qu’il se relève. 

«Les prétendus « humains » se comportent comme des bêtes. Cela doit cesser immédiatement», tonne-t-elle. Mais les festivités taurines sont autorisées au Venezuela, à l’exception de certaines villes comme Caracas. L’un des juges explique que les taureaux utilisés pour le «coleo» sont de toute façon destinés à l’abattoir pour la consommation humaine. Et Luis Garcia, «coleador» de 32 ans, moquant les défenseurs des animaux, demande avec virulence : «Et quand ils sont en train de le manger, ils disent encore la même chose?»

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