Friedrich Nietzsche, Aldous Huxley, Georges Simenon… Tous sont tombés amoureux des rives de la «Belle bleue» et du chant des grillons, longuement décrits dans leurs livres. Un historien s’en fait le relais et raconte.
Destination prisée des célébrités et des grandes fortunes, la Côte d’Azur doit beaucoup de sa réputation touristique aux écrivains étrangers qui, de Scott Fitzgerald à Agatha Christie, ont loué sa beauté et ses paysages, comme le raconte un historien dans un livre récemment publié. «Les étrangers ont puissamment contribué à forger le mythe de cette région», résume ainsi Ralph Schor, qui a plongé dans l’œuvre d’une centaine d’auteurs ayant séjourné sur les rives de la «Belle bleue».

Dans son essai Les écrivains étrangers à la découverte de la Côte d’Azur (Perrin), l’historien montre comment leurs romans et récits ont contribué à faire de la Riviera une destination à la mode. Les premiers d’entre eux l’ont découverte au milieu du XVIIIe siècle, mais le véritable engouement suivra l’arrivée du chemin de fer qui va mettre Nice à seulement une douzaine d’heures de Paris au début du XXe siècle. C’est alors une «révélation» : «Les nouveaux venus ont l’impression de découvrir un lieu unique, une terre de merveilles, un don de la nature», raconte Ralph Schor.
Nietzsche passe l’hiver à Nice
Car «la Côte d’Azur leur offre des paysages très variés, l’harmonieuse et surprenante découpe de ses rives, au loin des montagnes enneigées, le bleu ineffable de la mer et du ciel…». C’est le cas du philosophe et poète Friedrich Nietzsche qui, de 1883 à 1888, va séjourner chaque hiver autour de la baie des Anges. «L’hiver est admirablement clair, lumineux et modéré» à Nice, écrit l’auteur de Ainsi parlait Zarathoustra. L’Américain F. Scott Fitzgerald s’en inspire aussi pour écrire au début des années 1930 Tendre est la nuit, plongée mélancolique au sein d’une communauté d’expatriés écrasés par le soleil méditerranéen.
Les nouveaux venus ont l’impression de découvrir un lieu unique, une terre de merveilles, un don de la nature
Ces deux auteurs ne sont pas les seuls à être conquis : Aldous Huxley, Somerset Maugham, Graham Greene ou Georges Simenon fuient la grisaille du nord de l’Europe pour passer l’hiver au bord de la Grande Bleue. Le romancier Guillaume Musso a redonné vie à cette société interlope dans son dernier roman, Le Crime du paradis (Flammarion), un thriller paru en janvier de cette année où l’enquête est menée par une romancière inspirée d’Agatha Christie, conquise par la Côte d’Azur. Dans Femmes sur fond azur (Seuil), publié en mars, l’écrivaine Chantal Thomas raconte elle aussi le destin de huit femmes, dont la romancière Katherine Mansfield, ayant trouvé refuge sur la Côte, «ce pays de grande lumière».
Un paysage «libre et sauvage»
Les écrivains étrangers ont été plus rares à séjourner en Provence, dont la réputation doit davantage aux peintres, Vincent Van Gogh et Paul Cézanne en tête. Grâce à eux, la Provence «a acquis une image très familière hors de France», souligne la jeune romancière britannique Lucy Steeds, qui l’a choisie comme cadre de son dernier livre, L’Artiste (Hachette), récemment publié. Elle y met en scène un huis clos entre un vieux peintre misanthrope, sa jeune nièce totalement dévouée à son service et un journaliste anglais fasciné par son art.

Dans ce roman ayant rencontré un grand succès en Grande-Bretagne et aux États-Unis, Lucy Steeds fait frémir «l’odeur de la terre chaude, le bruit des grillons, la lumière du soleil sur les pierres jaune pâle», a salué le quotidien The Guardian. Mais «je n’ai pas voulu résumer la Provence à ses champs de lavande. Ce qui m’intéressait était de creuser sous la belle surface, d’établir le contraste entre ce paysage vaste, libre, assez sauvage, et l’enfermement dans la maison», explique-t-elle.
Il y a près de 40 ans, le romancier britannique Peter Mayle avait offert un immense coup de publicité à cette région en racontant dans Une année en Provence les parties de pétanque, le goût de l’huile d’olive et le caractère un peu ombrageux de ses habitants. Ce best-seller avait connu un immense succès international avec plus de six millions d’exemplaires vendus en une vingtaine de langues.
Les écrivains étrangers à la découverte de la Côte d’Azur, de Ralph Schor. Éditions Perrin.