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[Littérature] La philosophie poétique de Tom Nisse


Tom Nisse étudie, s'engage, enrage, mais ne laisse, assurément, personne indifférent. (photo DR)

Le Luxembourgeois aux multiples facettes Tom Nisse publie, aux éditions du Centre national de littérature, « Digressions et résistance ». Fidèle à ses convictions politiques et sociales, il livre ses pensées et ses ressentis, sans filtre.

La thèse, une ode à la poésie, cet art qui vampirise son travail et ses pensées. Issu de la série «Discours sur la littérature», l’écrit résulte de la «bourse Bicherfrënn» qui offre l’opportunité à un auteur d’effectuer une double résidence à Berlin et Bourglinster. Aussi, c’est face au château de la bourgade luxembourgeoise que le poète a posé ses quartiers le temps d’une semaine. Dans ce cadre idyllique, il fait le point sur ses convictions, son environnement… sa vie. Scindé de nostalgie, il se rappelle ses premières lectures, ses amours passées… Novalis veille.

Un poème de sa création, La Liste, en guise d’illustration, Tom Nisse lance l’objet de son étude : la poétologie – terme issu de l’allemand. À mi-chemin entre naturalisme et réalisme, Tom Nisse s’applique à transposer ses rages, ses peines, ses joies face à une société qu’il dépeint comme défaite.

Il écrit : «La beauté est au service de la survie de la beauté.» Ce thème récurrent dans la poésie, est, selon lui, bafoué par des désastres écologiques et une société ultracapitaliste. Nulle révolution, ses combats demeurent les mêmes pour quiconque connaît son œuvre.

Caractère spontané

Le mythe de la ville, objet d’étude pour Balzac, Maupassant ou Baudelaire, est transposé aux grandes capitales européennes que sont Paris, Bruxelles, Berlin. Le poète décrit schizophréniquement le dégoût qui l’habite face à un monde en perdition totale. Il narre les demandeurs d’asile, les héroïnomanes ou encore l’hypersécurité.

Tom Nisse rédige : «Ensuite l’amour intime, charnel et érotique», introduit par un poème court mais explicite de l’auteur palestinien Mahmoud Darwich. L’artiste endêve devant des sentiments aseptisés, monétisés, vulgarisés. L’art du poème s’expose comme un contre-pied à cette évaporation de ce sentiment pourtant primaire et universel.

Césure, la seconde partie sonne plus impersonnelle, plus pédagogique. Toutefois, l’auteur entrecoupe son exposé de poèmes et de digressions, renforçant ce caractère spontané qui lui est cher.

L’artiste, à la manière de Jaucourt dans l’Encyclopédie de 1751, appose les clefs, les cartes du poète afin de s’ancrer dans le réel et transcender la réalité. Loin de tout élitisme, il expose l’importance d’un art élévateur et s’oppose à toute forme de vulgarisation. Ainsi, sous sa plume, la poésie devient objet d’ascenseur social. L’artiste s’impose comme défenseur de la cause du poète. La poésie est, selon lui, l’enfant pauvre de l’art dans les sociétés francophones – a contrario avec les pays anglophones.

In fine, sous ses allures d’œuvre à la construction anarchique, Digressions et résistance se révèle être un manifeste. Que le lecteur adhère aux convictions de l’artiste ou non, Tom Nisse étudie, s’engage, enrage, mais ne laisse, assurément, personne indifférent.

Mathilde Ledroit

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