Caractérisées par une audace inouïe et une infinie liberté artistique, les dernières années «prolifiques» de la vie de Matisse sont à découvrir à Paris. Une dernière transformation colorée et foisonnante. Découverte.
La série des Nus bleus, Les Intérieurs de Vence, l’album Jazz ou le monumental La Gerbe : une exposition XXL au Grand Palais à Paris retrace les dernières années de création du peintre français Henri Matisse, considérées comme les «plus prolifiques». Intitulée «Matisse 1941-1954», elle réunit en effet pas moins de 320 œuvres – peintures, série de dessins, livres illustrés, gouaches découpées, textiles ou vitraux – qui témoignent du foisonnement créatif auquel parvient l’artiste avant son décès à 84 ans.
Elle commence par une date : 1941, année durant laquelle Matisse, qui subit alors une grave opération chirurgicale, «frôle la mort d’un poil de chat angora», comme il l’écrit à son ami Albert Marquet. Par ailleurs, considéré par les autorités nazies comme un artiste «dégénéré», il n’expose plus. À l’époque, c’est donc «un homme âgé, partiellement handicapé et qui a du mal à se tenir debout», explique Claudine Grammont, commissaire de l’exposition – réalisée en collaboration avec le Centre Pompidou – et ancienne directrice du musée Matisse à Nice.
«Moment de grâce»
Mais, paradoxalement, ajoute-t-elle, il entre dans «le moment le plus prolifique de sa carrière : c’est vraiment l’apothéose, c’est-à-dire que l’artiste est dans une forme de désinvolture, de détachement… Bref, de moment de grâce». «On a souvent dit, à tort, que, pendant cette période, Matisse avait arrêté de peindre et qu’il s’était mis à ne faire que des gouaches découpées… C’est faux : Matisse a peint 75 peintures entre 1941 et 1954», détaille la cheffe du cabinet d’art graphique du Centre Pompidou.
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À cette époque, il a aussi créé «plus de 230 papiers gouachés découpés», ajoute-t-elle. «Rien que pour l’année 1950, 40 œuvres sont réalisées. C’est beaucoup pour un homme de 80 ans!». L’exposition, qui s’achève à la fin du mois, réunit les essentiels de cette période : l’ultime série de douze peintures dites des Intérieurs de Vence (1946-1948), l’album Jazz (1947) et sa maquette, mais également des dessins au pinceau et à l’encre sont présents.
Dans «l’intimité» de l’atelier
Les principaux éléments du programme de la chapelle de Vence sont également exposés, ainsi que des panneaux monumentaux dont La Gerbe (1953) et son éventail de couleurs vives en forme de bouquet de fleurs. Enfin, y apparaissent les grandes figures en gouache découpée, dont la série des quatre Nus bleus, exceptionnellement réunis. Ce type d’œuvre est caractéristique des dernières années de Matisse, qui modifie de manière conséquente sa manière de créer, «essentiellement en mettant en place ce nouveau médium, celui de la gouache découpée, qui va l’amener à avoir un nouveau vocabulaire iconographique», et va donner à son art une portée monumentale, explique Claudine Grammont.
D’où cette réunion sur deux étages, aux vastes salles pouvant accueillir ces grands «ensembles» de gouaches découpées, qui étaient «épinglées aux murs» de son atelier et sur lesquelles le peintre travaillait souvent la nuit «parce qu’il était insomniaque». «Ce que nous avons voulu restituer, c’est cette intimité» avec l’artiste, précise la commissaire. «C’est de pouvoir rentrer dans l’atelier de Matisse et se retrouver face aux œuvres» comme en «immersion». L’exposition s’attache ainsi à restituer cet in situ en permanente métamorphose, donnant au visiteur l’accès à ce «jardin» de Matisse à travers un espace qui va en s’amplifiant, salle après salle.
«Matisse 1941-1954»
Jusqu’au 26 juillet.
Grand Palais – Paris.