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« Dieu habite à Dudelange, en fait »


Benoît Poelvoorde, annoncé, n'a pu faire le déplacement, au contraire de Marco Lorenzini, Jaco Van Dormael et Romain Gelin (de g. à dr.). (photo Hervé Montaigu)

À l’occasion de la sortie du Tout Nouveau Testament, mercredi, au Luxembourg, le réalisateur, Jaco Van Dormael, est revenu sur cette folle expérience.

Coproduction belgo-franco-luxembourgeoise, le nouveau film de Jaco Van Dormael est déjà un succès. En France, après deux semaines d’exploitation, il a franchi la barre des 500 000 spectateurs et devrait finir sa carrière autour des 800 000. En Belgique, il remplit les salles. Et l’avant-première luxembourgeoise, mardi soir, était complète, avec le Premier ministre, Xavier Bettel, et la ministre de la Culture, Maggy Nagel, parmi le public. Vendu dans cinquante pays, choisi par la Belgique pour la représenter aux Oscars, ce Tout Nouveau Testament , qui proclame sur son affiche que Dieu habite à Bruxelles, a été tourné en grande partie au Luxembourg. « Dieu habite à Dudelange, en fait , rigole Jaco Van Dormael. Sans le Luxembourg, nous n’aurions pas pu faire ce film. »

L’histoire de ce Dieu contemporain, violent et dépressif, incarné par Benoît Poelvoorde, a débuté dans le jardin de Jaco Van Dormael, à Bruxelles. « J’avais envie de travailler avec Benoît depuis longtemps , raconte le réalisateur. Mais je le voyais rarement avant le coucher du soleil. » Cette fois fut la bonne. Et Benoît Poelvoorde d’apporter sa folie au rôle. « C’est un acteur qui propose beaucoup de choses. Nous faisions beaucoup de prises. Au début, il en faisait trop, avant de trouver le ton juste », se souvient Jaco Van Dormael. Comme toujours chez le Belge, le film est une succession de scènes d’une rare poésie, dormaelienne, pourrait-on dire.

Un manifeste féministe

Cela lui donne aussi un côté bancal et inachevé. Car si la quête des six apôtres, « six grands brûlés de la vie », est une suite de rencontres alléchantes, le tout manque de liant. Et le manichéisme certain laisse peu de place à la profondeur du sujet. Les hommes sont mauvais, les femmes sont leurs victimes. Jaco Van Dormael sert un propos féministe assez simpliste. « J’ai eu une éducation catholique et je me suis rendu compte que dans la Bible, il y a trois phrases de femmes. Alors que dans la vraie vie, elles n’ont pas leur langue dans leur poche », précise-t-il.

On pourra toujours se laisser entraîner par le lyrisme du projet, la folie de l’entreprise. On regrettera le jeu outré de Benoît Poelvoorde ou du livide François Damiens. Reste la petite Pili Groyne, parfaite en fille de Dieu, véritable trouvaille du film. « Elle ne baisse jamais les yeux, n’a peur de rien », continue Jaco Van Dormael. De quoi faire de l’ombre à Catherine Deneuve, épanouie et touchante? Peut-être. « Catherine a un énorme humour sur elle-même. Ça la faisait beaucoup rire cette histoire d’amour avec un singe. »

Jaco Van Dormael avait une idée de départ fascinante : faire de Dieu un humain comme les autres. Autour de ce personnage, il a tenté de construire un film choral, mais le tout est trop hétérogène. Il s’agit plutôt d’une bluette naïve, mais agréable à regarder, un film tellement belge, même si Jaco Van Dormael est incapable de définir le genre. « On peut peut-être parler de la belgitude du film », se risque-t-il. Après l’avoir revu, il rit même de sa fin, « pas très claire ». Les amateurs sauront se laisser porter. Jusqu’au prochain film de Jaco Van Dormael, qui pourrait être une adaptation du romain Mon chien stupide . À moins qu’il ne porte sur grand écran sa pièce de théâtre Kiss and Cry , créée avec la chorégraphe Michèle Anne De Mey.

Christophe Chohin

Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael. Actuellement en salle.

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