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[Cinéma] «Les Misérables» : un classique de la littérature chéri du cinéma


(Photo : curiosa films)

Ce mercredi est sortie sur les écrans une nouvelle version des Misérables, signée Fred Cavayé. L’occasion de revenir sur le chef-d’œuvre de Victor Hugo et de comprendre pourquoi il séduit toujours autant. 

C’est l’une des plus grosses productions françaises de l’année : Les Misérables de Fred Cavayé, en salle ce mercredi, vient s’ajouter à la longue liste des films inspirés du chef-d’œuvre de Victor Hugo, devenu l’un des romans les plus adaptés de l’histoire du cinéma. Le long métrage réunit un casting de haute volée avec Vincent Lindon, Tahar Rahim ou Camille Cottin, pour une fresque ambitieuse de près de trois heures dans la lignée du renouveau des grands classiques littéraires français adaptés au cinéma initié par Les Trois Mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo.

Sorti en 1862, Les Misérables ont tout de suite rencontré un succès populaire et international quasiment inédit à l’époque dans le monde littéraire. Depuis le début du XXe siècle, une cinquantaine de films inspirés du texte ont été réalisés à travers le monde. «Ces adaptations témoignent de la vitalité de l’œuvre. Un classique est un texte qui a plusieurs vies», analyse Tiphaine Samoyault, directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et autrice du livre Toutes sortes de Misérables (Seuil, 2026).

Il y a eu de grands succès populaires, comme le film de Jean-Paul Le Chanois, avec Jean Gabin (1958), mais également de grosses productions anglo-saxonnes, comme la version de Bille August en 1998 avec Uma Thurman qui a fait connaître l’histoire à toute une nouvelle génération. Le texte de Victor Hugo a aussi été adapté dans une dizaine de séries télévisées. L’œuvre doit aussi son rayonnement international au triomphe de la comédie musicale, jouée dans plus de cinquante pays et traduite dans une vingtaine de langues depuis 1980.

Adaptations précoces

«Victor Hugo était un dramaturge et je pense qu’il y a dans la structure même du livre un savoir-faire d’homme de théâtre qui fait qu’il résiste à toutes les adaptations», indique Jean-Marc Hovasse, professeur de lettres à la Sorbonne et spécialiste de l’œuvre de Victor Hugo. «Si Les Misérables sont aussi connus, c’est parce qu’ils se sont déployés sur des médiums très populaires. Et aujourd’hui, les médiums populaires ne sont plus les livres», souligne Tiphaine Samoyault.

Je ne sais s’il sera lu par tous, mais je l’ai écrit pour tous

Les premières traductions du manuscrit sont achevées dans les mois qui suivent sa publication. Les adaptations, d’abord sous forme d’illustrations puis au théâtre, le sont dès la fin du XIXe siècle. «Victor Hugo avait une ambition folle avec ce livre : pas seulement de représenter le peuple, mais de s’adresser à lui. Il voulait que son roman soit vendu à très bas prix partout», note Tiphaine Samoyault.

Dans une lettre adressée à son éditeur italien, alors que les lecteurs s’arrachent le livre, l’écrivain français écrit : «Vous avez raison, Monsieur, quand vous me dites que le livre Les Misérables est écrit pour tous les peuples. Je ne sais s’il sera lu par tous, mais je l’ai écrit pour tous.» «Il a quand même eu conscience en écrivant de faire une œuvre universelle. On ne peut pas dire que ce succès incroyable soit dû au hasard», complète Jean-Marc Hovasse.

S’adapter aux époques

«On croit souvent qu’une bonne adaptation est fidèle, alors que sa force, c’est d’être créative» et de faire écho aux enjeux de l’époque, souligne Tiphaine Samoyault. Ou de coller à la culture d’un pays. «Le type même de l’adaptation américaine, c’est la surévaluation du personnage de Javert. Presque systématique. Les Américains adorent, évidemment. C’est l’incarnation de la loi. La loi bête et méchante», décrit Jean-Marc Hovasse. En Russie, les adaptations ont souvent accordé une place particulière à Cosette ou Gavroche, incarnation du peuple en révolte, ajoute l’enseignant.

Dans les librairies, la sortie du long métrage est aussi l’occasion de mettre en avant les plus belles éditions. «Même si le film fait un bide, le livre sera sur le devant de la scène», observe Gaétan Bélan, un libraire indépendant à Paris. «Comme éditeurs, nous devons faire feu de tout bois pour attirer les lecteurs!», note en guise de conclusion Oliver Gallmeister, PDG des éditions Gallmeister qui ont sorti en septembre une version poche des Misérables dans un coffret illustré.

Les Misérables, de Fred Cavayé. Actuellement en salles.

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