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Charles Goerens : «Développer un dispositif à la hauteur de la menace»


«Nous assistons tout simplement à la faillite de la méthode intergouvernementale, elle n'apporte rien si un seul membre se désiste». (Photo Hervé Montaigu)

Député européen libéral, Charles Goerens a condamné l’inertie de l’Union européenne face au drame des naufragés migrants. Le sommet de jeudi dernier n’a pas apporté toutes les réponses.

Vous avez été très sévère envers l’Union européenne et son inaction face aux drames des naufragés migrants. Le sommet de jeudi dernier vous a-t-il rassuré ?

Charles Goerens : La question de l’aide et du secours que l’on doit apporter aux victimes des naufrages en Méditerranée ne relève pas d’une option, mais d’une obligation selon les textes en vigueur et les conventions internationales. Point à la ligne, c’est tout !

Il y avait un dispositif appelée Mare Nostrum qui a été stoppée pour des raisons bassement pécuniaires. L’Italie, qui avait demandé une participation financière plus importante aux autres États membres, a été tout simplement abandonnée. Et finalement, le tout est devenu Triton avec le nombre de victimes que l’on connaît. Sur la même période, nous avions 30 à 40 fois moins de victimes avec l’opération Mare Nostrum.

Nous assistons tout simplement à la faillite de la méthode intergouvernementale, elle n’apporte rien si un seul membre se désiste. C’est comme si Obama ne pouvait pas décider d’apporter secours à des victimes au large des côtes des États-Unis parce qu’elle dépendrait de la bonne volonté du Texas ou de n’importe quel État pour se faire. Nous sommes toujours dans cette logique intergouvernementale.

Les États membres ont quand-même triplé leur aide dans l’urgence, à quoi vous attendiez-vous ?

Si on veut positiver, on dit que l’aide a triplé mais il faut savoir que l’on revient au niveau accordé sous Mare Nostrum. Il ne faut pas dire que l’on va tripler l’aide, il faut qu’elle soit à un niveau suffisant pour porter secours à toutes les victimes menacées en Méditerranée. Il faut toujours viser l’option supérieure et développer un dispositif à la hauteur de la menace.

Plusieurs pays n’étaient pas enclins à se montrer généreux, dont le Royaume-Uni…

Cameron s’adresse à ses électeurs, c’est assez minable.

Il n’est pas le seul, d’autres soignent leur électorat par crainte d’une montée des nationalismes, non ?

L’Europe est une communauté de valeurs. Et parmi ces valeurs, il y a un devoir humaniste et humanitaire qui se traduit, en l’occurrence, par la mise à disposition de tout ce qu’il faut pour sauver des naufragés. Il n’y a pas d’autres considérations à invoquer.

L’approche qui consiste à opter pour le minimum est totalement cynique. J’ai cité dans toutes mes interviews Oscar Wilde qui disait que « Le cynique connaît le coût de tout et le prix de rien ». C’est dans cette approche que se trouve aujourd’hui une partie des chefs d’État et de gouvernement européens. Je crois savoir qu’une douzaine de pays se sont rangés du côté des radins selon Amnesty International.

L’Union européenne qui impose la rigueur budgétaire pouvait-elle se montrer plus généreuse ?

La crise que nous vivons se traduit par l’incapacité de l’UE de se montrer solidaire. Il y a deux moyens d’arriver à cette solidarité. Soit nous restons esclaves de la méthode intergouvernementale, auquel cas il faut opter pour une répartition des charges et financièrement tout le monde doit participer au sauvetage de ces victimes au prorata de sa puissance économique. Soit cela se traduit par la mise à disposition de fonds à charge du budget européen, qui proratise également les efforts à déployer, mais ce de façon plus efficace.

[…]

Entretien avec Geneviève Montaigu

A lire en intégralité dans Le Quotidien papier de ce lundi.

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