Des raisins gorgés de soleil sont récoltés depuis deux semaines sur les flancs de la Moselle. Les vendanges sont précoces et le millésime 2026 promet d’être un cru savoureux.
Sous une chaleur méditerranéenne et un vent à décorner les bœufs, deux ministres et deux présidents de la Chambre des députés, dont un encore en exercice, se sont prêtés au jeu des vendanges. Ciseaux et sécateurs en mains, ils ont lancé officiellement la saison – avec au moins deux semaines de retard – depuis une parcelle verdoyante située derrière l’institut Viti-vinicole à Remich vendredi après-midi.
Après avoir récolté quelques grappes aux fruits dorés et délicieusement sucrés, ils se sont rafraîchis autour d’un verre de Fiederwäissen, ce vin nouveau et saisonnier amer, issu du moût de raisin en cours de fermentation alcoolique.
Jamais, de mémoire de vigneron de la Moselle luxembourgeoise, on n’aura commencé les vendanges aussi tôt. Certains se sont mis au travail dès la mi-août au lieu de fin septembre. En deux générations, la date du début des vendanges a été décalée de presque un mois entier. Le changement de températures serait la cause de ces vendanges de plus en plus précoces.
Les températures élevées influent également sur la qualité et la quantité des raisins récoltés. Le président de Vinsmoselle, Josy Gloden, estime une perte quantitative de 30 à 40 %. Les grains sont plus petits et moins juteux que d’habitude. Mais beaucoup plus sucrés. On pourra donc s’attendre à un millésime 2026 très fruité et plus alcoolisé, prédit le spécialiste.
L’hiver a été plutôt doux avec peu de gelées sur les coteaux de la Moselle. L’été très chaud a, en revanche, fragilisé les jeunes pousses dont les racines ne plongent pas encore assez profondément dans le sol pour y capter l’eau, a-t-il encore expliqué devant tout ce que la région compte de représentants de caves et de vignerons. Pour résumer, les quantités récoltées sont moindres, mais leur qualité est exceptionnelle.
Saisonniers : bientôt une loi
Entre 600 et 1 000 petites mains s’affairent chaque année dans les vignobles pour cueillir les grappes. La mécanisation de la tâche est peu courante au cœur des 1 295 hectares de vignobles le long de la Moselle, si bien que les vignerons ont recours à de nombreux saisonniers pour les aider. Certains d’entre eux sont des habitués de ce travail lent et ardu.
Vendanges après vendanges depuis des générations, ils viennent des pays de l’Est. D’autres sont recrutés en fonction des besoins lors de «jobdays» organisés en partenariat avec l’ADEM. «Aujourd’hui, la situation économique est meilleure dans les pays de l’ex-URSS et les saisonniers traditionnels n’ont plus besoin de prendre sur leurs congés pour venir faire les vendanges au Luxembourg, même si certains habitués y participent toujours», nous expliquait Serge Fischer, le directeur de l’Institut viti-vinicole (IVV), il y a deux ans.
Un projet de loi régularisant le statut administratif des saisonniers devrait être voté d’ici octobre à la Chambre des députés, ont promis Martine Hansen, ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Viticulture, et Claude Wiseler, président de la Chambre.
Ce dernier participait pour la première fois au «lancement» des vendanges. Il était accompagné de son prédécesseur, Fernand Etgen, et du ministre de l’Intérieur, Léon Gloden.
Le projet de loi, issu du «Wäibaudësch», modifie le code du travail en matière d’emploi saisonnier, simplifie les démarches administratives incombant aux employeurs et précise la législation en matière de droit du travail au profit des travailleurs.
En attendant le vote, une personne de contact a été mise en place ainsi qu’une «checklist» et des lignes directrices reprenant les démarches pour l’embauche de travailleurs occasionnels et saisonniers.