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Survols du Findel : «Des engins d’envergure, pas des petits drones privés»


Lors du point presse jeudi matin, Luc Frieden a assuré que les drones ne représentaient aucun danger. (Photo : julien garroy)

Après deux fermetures temporaires de l’aéroport du Findel provoquées par des survols de drones, le gouvernement a organisé jeudi un point presse afin de revenir sur ces incidents et cette nouvelle réalité au Grand-Duché.

Lorsque deux survols de drones provoquent, coup sur coup, la fermeture temporaire de l’aéroport du Findel vendredi 18 et lundi 21 septembre derniers, le grand public découvre soudainement que ce phénomène, jusque-là réservé aux journaux télévisés étrangers, concerne désormais le Grand-Duché. S’agissait-il d’actes d’espionnage, de provocations ou d’imprudences? Qui pilotait ces drones? Quels sont les risques réels pour la sécurité nationale? Comment y faire face? Voilà autant d’interrogations soulevées par ces incidents et qui ont motivé le gouvernement à organiser un point presse, jeudi, afin d’apporter ses éclaircissements.

«Nous avons été confrontés à une nouvelle réalité avec ces incidents, ce n’est pas la première fois que nous en entendons parler mais c’est la première fois que cela s’est produit au Luxembourg», amorce le Premier ministre, Luc Frieden. Ce dernier poursuit en donnant quelques détails, jusque-là confidentiels, sur la nature des appareils détectés : «Ce sont des drones qui n’ont pas été achetés dans un commerce mais qui sont de taille plus grande». Il déclare ensuite, au conditionnel, qu’il s’agirait «d’engins d’envergure, non pas des petits drones privés», mesurant «entre un et deux mètres». Bien qu’il n’y ait «pas eu de danger imminent pour la population», le chef du gouvernement souligne que de tels drones «nécessitent que l’État assure son rôle, l’une de ses tâches principales étant d’assurer la sécurité du pays».

Une coopération internationale

Concernant le déroulé des faits, le haut-commissaire à la protection nationale (HCPN) Guy Bley explique avoir été contacté par la police le mercredi 16 septembre dernier afin d’indiquer l’observation d’objets non identifiés dans la zone de Medernach, près de Larochette, pendant la nuit. «La police constate beaucoup d’événements liés à des drones mais ne contacte pas d’office le HCPN. Cette fois, nous avons réalisé des observations et nous avons estimé que c’était un phénomène plutôt exceptionnel, donc nous avons déroulé le plan.»

Ledit plan est celui qui a été adopté par le gouvernement au mois de mars dernier, encore «en phase de mise en œuvre» mais qui prouve que «nous n’avons pas découvert les drones la semaine dernière», affirme Luc Frieden. Une cellule d’évaluation interministérielle s’est alors réunie neuf fois depuis le 16 septembre, composée de douze autorités, des ministères en passant par les administrations, lux-Airport ou encore le service de renseignements.

Au cours des échanges durant les premiers jours, «nous avons notamment discuté des contacts des différents services avec leurs homologues étrangers». Le Grand-Duché avait en effet demandé une aide internationale et a ainsi bénéficié des conseils de la France, de la Belgique ainsi que d’informations venant d’Allemagne, des Pays-Bas et des États-Unis. «Dans une telle situation, nous ne sommes jamais forts seuls», estime le Premier ministre, qui salue la coopération des pays cités.

L’origine encore inconnue

Après avoir observé «des drones de type plus grand» du 15 au 18 septembre autour de Medernach, «nous avons fait une détection concrète le vendredi 18 et nous avons donc fermé l’aéroport à 22 h 13», raconte Guy Bley. À ce jour, les faits suggèrent qu’il s’agissait d’une «violation illégale de notre espace aéroportuaire qui aurait pu nuire au pays». Andrea Drescher, directeur de l’administration de la Navigation aérienne, confirme que les feux de positionnement des drones étaient allumés mais «nous ne savons pas de quel type de drone il s’agit».

L’origine des appareils reste, elle aussi, sans réponse. Inévitablement, la possibilité d’une implication russe est dans toutes les têtes après que Moscou a été accusée par l’Allemagne d’être responsable du drone chargé d’explosifs trouvé début août à l’aéroport de Leipzig. «Nous voyons ce qu’il se passe dans le monde, mais nous ne voulons pas communiquer de fausses informations», insiste Luc Frieden, qui ajoute qu’«il ne serait pas responsable d’émettre des spéculations», puisqu’une analyse est en cours.

Malgré tout, la question de l’origine est posée à maintes reprises, jusqu’à ce que Léon Gloden, ministre des Affaires intérieures, prenne la parole : «À Leipzig, il y avait un drone au sol avec des explosifs et ils ont mis sept jours à en déterminer l’origine. Ici, nous n’avons pas de drone entre nos mains, donc nous ne pouvons pas dire d’où il vient.» Impossible également de savoir, à ce jour, si l’appareil détecté le 18 septembre était armé ou non.

Initialement prévus pour 2027, des nouveaux équipements de détection de drones vont être achetés par l’État d’ici la fin de l’année.

Des achats d’équipements avancés

Outre la mise en œuvre du plan d’action gouvernemental pour les drones, «qui doit être adapté régulièrement à la lumière de ce que nous observons au Luxembourg et à l’étranger», précise Luc Frieden, l’État compte également sur le renforcement de sa capacité de détection. L’acquisition de nouveaux équipements a été inscrite dans le budget 2027, mais «nous allons déjà les acheter dès cette année», annonce le Premier ministre, sans donner plus de détails. «En attendant, ce n’est pas comme si nous n’avions rien, nous avons notre matériel.»

Le Grand-Duché doit néanmoins compter sur la France et la Belgique qui «nous ont aidés avec du matériel additionnel afin de pouvoir gérer la situation dans les semaines et mois à venir». «Pour d’autres incidents de ce type, nous sommes bien couverts», promet Luc Frieden, qui rappelle néanmoins qu’il est impossible de garantir une sécurité à 100 %, que ce soit dans les airs ou au sol.

Andrea Drescher, directeur de l’administration de la Navigation aérienne (ANA), s’est également montré rassurant sur le niveau de protection autour du Findel en déclarant que «nous ne sommes pas plus mal lotis qu’un autre grand aéroport à l’étranger». Interrogé sur la capacité de détection limitée à un rayon de 5 kilomètres autour de l’aéroport, il estime que «nous sommes déjà bien établis si nous savons ce qu’il se passe dans un rayon de 5 à 10 kilomètres», mais annonce néanmoins qu’«il y aura une évolution sur la distance, en fonction de ce que les fournisseurs pourront nous mettre à disposition».

Que faire en cas de suspicion de survol?

En raison de l’impact médiatique des deux survols de drones, Pascal Peters, directeur général de la police, révèle que «nous avons beaucoup d’appels et de messages ces derniers jours, car certains regardent dans le ciel et ont peur lorsqu’ils observent des lumières». Afin de soulager le standard du 113 mais aussi d’éviter la paranoïa, «il faut faire une levée de doute pour soi-même, car il y a plein de lumières dans le ciel dont on ignore ce que c’est».

Le responsable de la police conseille d’abord de prendre connaissance du règlement pour le survol de drones disponible sur le site de la direction de l’Aviation civile (DAC) afin de distinguer ce qui est illégal de ce qui ne l’est pas. Ensuite, la différence entre une lumière provenant d’un drone ou d’un avion se fait, entre autres, à l’ouïe : «Si je vois des lumières mais qu’il n’y a pas de bruit, alors ce n’est pas un drone et il ne faut pas appeler le 113, car il y a trop d’appels.»

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