«Le sang grenat coule dans mes veines», avait l’habitude de dire Carlo Molinari, l’emblématique président du FC Metz pendant 37 ans, mort à 93 ans comme l’annonce son club de toujours mercredi.
Sur une étagère de son bureau, Charles «Carlo» Molinari avait posé un petit T-rex en plastique. «Pour me rappeler que je suis le dernier des dinosaures du foot français», plaisantait-il dans «Le podcast des légendes» en 2025.
Par sa longévité à la tête du club mosellan, qu’il a présidé de 1967 à 2009, hormis une parenthèse entre 1978 et 1983, Carlo Molinari était à classer parmi les dirigeants «à l’ancienne» du football français, voués corps et âme à leur club.
Né à Villerupt le 28 février 1933, ce fils d’Italiens de la région du Lac Majeur grandit à l’ombre des hauts fourneaux lorrains, creusets d’une main-d’œuvre étrangère, majoritairement transalpine.
L’école l’ennuie. Il préfère la mécanique et le foot, passions héritées de son père chauffeur routier et ancien joueur de la sélection italienne militaire.
À 17 ans, Carlo Molinari se lance dans une discipline naissante, le motocross. Il y excelle, décrochant trois titres de champion de France entre 1952 et 1955. Parallèlement, il s’entraîne avec les jeunes du FC Metz.
Exploit au Camp Nou
Il arrête la compétition à 24 ans, dirige une société de poids lourds et reste un inconditionnel du club messin dont il accepte de prendre la présidence en 1967. «Président bénévole, omniprésent, je vivais FC Metz», racontait Carlo Molinari.
Quand il en prend les rênes, le club monte en première division. Il le modernise, le maintient au plus haut niveau et impulse un football offensif incarné dans les années 1970 par Nico Braun, meilleur buteur de l’histoire du club, ou Hugo Curioni.
Les années 1980 sont fastueuses. Metz remporte deux Coupes de France en 1984 et 1988 (une Coupe de la Ligue complétera le palmarès en 1996).
L’exploit retentissant reste la qualification contre le grand FC Barcelone, battu 4-1 au Camp Nou le 3 octobre 1984 en 16e de finale retour de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe (après une défaite 4-2 à l’aller au stade Saint-Symphorien).
Sous la présidence Molinari se révèlent de jeunes talents comme Patrick Battiston, Bernard Zénier et plus tard Sylvain Kastendeuch et Robert Pirès. «Il était un président qui aimait ses joueurs», raconte Zénier, qui épousera la fille de Carlo Molinari.
Un regret nommé Platini
L’attachement sentimental est tout aussi fort avec les entraîneurs, comme Joël Muller (sur le banc de 1989 à 2001 puis à nouveau en 2005), «avec lequel on a fait un chemin extraordinaire», se rappelait ce grand affectif qui a connu aussi son lot de désillusions.
En 1998, Metz termine la saison en tête du championnat à égalité avec Lens. C’est à la différence de buts que les Sang et Or sont sacrés. «Pour cinq malheureux petits buts…», pestait le Messin après la victoire des Artésiens d’un autre grand président, Gervais Martel.
Et puis il y a le regret d’avoir laissé échapper Michel Platini, natif de Joeuf et messin de cœur. «C’était mon rêve de venir jouer ici», raconte le légendaire n° 10 dans la série documentaire que lui a consacrée Canal+, au cours d’une séquence où il est aux côtés de celui qu’il surnomme affectueusement «mon Carlito».
À 16 ans, le fils d’Aldo Platini – «le fils de l’Aldo» comme disait Carlo Molinari – passe un essai à Metz, mais les tests cardiaques le recalent. Il rejoindra finalement Nancy. «Dans la série belle connerie, celle-là mérite le musée», confiait au Parisien en 2018 Molinari.
Lui a rejoint le Panthéon messin. Une fresque murale de Saint-Symphorien l’immortalise, le regard gouailleur, coiffé de son éternel chapeau noir au-dessus d’une inscription toute simple : «Carlo».