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Sécurité sociale et logement, les grands défis de Médecins du monde


En 2025, Médecins du monde a constaté une augmentation du nombre de luxembourgeois résidents parmi ses bénéficiaires. (Photo : didier sylvestre)

Lors de la présentation de son rapport 2025, Médecins du monde tire la sonnette d’alarme sur la vague de travailleurs pauvres dans ses centres d’accueil et maintient la pression afin de garantir le droit à la santé et au logement.

«Pauvre rend malade, et malade rend pauvre!» Ce slogan prononcé par le Dr Bernard Thill lors de la présentation du rapport 2025 de Médecins du monde Luxembourg, dont il est président d’honneur, résume la spirale de la précarité contre laquelle l’association tente de lutter. Bien plus que son offre de soins gratuite aux personnes vulnérables, l’antenne locale de l’organisation internationale se place en haut-parleur d’une meilleure justice sociale au Grand-Duché : «Quelle est la priorité de notre société gâtée : est-ce que c’est l’être humain et sa dignité ou plutôt l’argent et le bénéfice?»

La présentation du rapport annuel est donc l’occasion de rappeler aux autorités l’urgence afin d’endiguer la pauvreté. D’autant plus qu’une nouvelle tendance inquiétante a été constatée l’an dernier. «Il y a de plus en plus de Luxembourgeois qui viennent nous voir, sans doute des gens qui ont accès à la Caisse nationale de santé mais qui reportent leurs soins médicaux parce qu’ils n’ont pas les moyens de le faire, parce qu’ils ont faim», fait savoir Michel Genet, directeur général de Médecins du monde. «Et ce sont des travailleurs pauvres, avec un salaire qui est ce qu’il est et, surtout, avec un logement qui leur coûte très cher», précise-t-il.

 

3 010 consultations en 2025

Quel que soit le motif de la venue (soins de santé ou accompagnement social), 1 236 personnes ont été accueillies par les professionnels et bénévoles de l’association l’an dernier. Un total en légère hausse par rapport à 2024 (+2.2 %) qui est surtout marqué par une augmentation de 59 % à 64 % du taux de premières visites. «Nous en sommes plutôt contents, cela voudrait dire que la majorité des gens ne reviennent pas, car nous avons ouvert leurs droits et qu’ils reçoivent des soins ailleurs», espère Michel Genet.

À l’inverse, la part de mineurs parmi les bénéficiaires a reculé de 48 % à 28 % en une année, tandis que le nombre de nationalités a également régressé, de 93 à 77 pays. Deux phénomènes qui ne s’expliquent pas forcément, puisque «ce sont des chiffres très variables qui dépendent surtout des mouvements de population». Le directeur général constate néanmoins la présence de profils différents selon l’emplacement du centre d’accueil. Dans celui d’Esch-sur-Alzette, «c’est une pauvreté plutôt invisible, avec un public plus familial et des gens qui ont un logement», tandis que le centre de Bonnevoie reçoit surtout «des gens isolés, qui vivent plutôt dans la rue».

Dans tous les cas, les problématiques de santé traitées lors de 3 010 consultations individuelles l’an dernier sont majoritairement des pathologies chroniques liées à des conditions de vie précaires qui «empêchent l’observance ou la continuité des soins qui seraient nécessaires pour s’en débarrasser».

 

La CUSS bientôt inscrite dans la loi ?

Cette année encore, les représentants de Médecins du monde plaident pour un renforcement de la Couverture universelle des soins de santé (CUSS) lancée en 2022 afin de financer les soins des personnes non affiliées à la CNS. «Nous voudrions qu’elle soit gravée dans la loi afin qu’aucun gouvernement ne puisse tout arrêter et pour qu’elle soit la plus inclusive et plus légère en termes de suivi.» En 2025, l’association a obtenu l’affiliation à la CUSS pour 38 personnes en 2025, soit une infime minorité de ses patients à cause de la procédure actuelle : «Nous étions prudents, car nous devons rembourser les frais médicaux pendant la période de carence et nous n’avions pas encore la garantie que le ministère nous rembourse».

La situation pourrait cependant se débloquer avec le Plan national contre la pauvreté au sein duquel la ministre de la Santé Martine Deprez réclame l’intégration de la CUSS. «Pour l’instant, nous sommes dans l’attente du projet de loi, dont le timing n’est pas très clair, mais nous avons eu plusieurs contacts avec elle et sa volonté est, je la crois, d’avoir un texte de loi».

La CUSS étant sur le bon chemin, un autre combat est, lui, encore loin d’être gagné : celui du logement. Chaque mois d’avril, Médecins du monde déplore la fermeture de la Wanteraktioun (WAK), cette solution d’hébergement temporaire au Findel, et réclame son ouverture à l’année. Une revendication qui résonne davantage après l’ouverture exceptionnelle de la WAK en journée durant la semaine de canicule en juin dernier.

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