Il y a encore beaucoup à faire pour tendre vers une égalité salariale de genre, comme le montrent les dernières données recueillies par la Chambre des salariés.
Des milliers de personnes ont manifesté le 8 mars pour revendiquer et défendre les droits des femmes. Si cette année, au Luxembourg, les féministes avaient choisi d’attirer l’attention sur la santé des femmes, il n’en demeure pas moins que les inégalités salariales – dénoncées publiquement depuis 1945 – sont toujours d’actualité. Et jouent d’ailleurs sur la santé des femmes, comme le prouve le dernier rapport Betterwork de la Chambre des salariés.
Publiée le 6 mars, cette nouvelle édition analyse, à partir de plus de 3 000 réponses recueillies, les conditions de travail au Luxembourg depuis douze ans, et plus particulièrement les différences entre les femmes et les hommes.
Premier constat : le marché du travail reste très segmenté. Les postes de direction et les métiers manuels sont encore largement masculins, tandis que les femmes sont plus présentes dans les services, les professions élémentaires et des secteurs comme la santé, l’action sociale, l’enseignement ou le secrétariat. Le rapport précise que «la ségrégation professionnelle reste marquée», ce qui continue d’influencer fortement les conditions de travail vécues de part et d’autre.
Cette répartition se retrouve aussi dans la qualité perçue du travail. En 2025, l’indice global de qualité du travail, le QoW-Index, atteint 53,4 points, soit «son niveau le plus bas depuis 2014». Sur toute la période étudiée, les hommes affichent de façon constante un score légèrement supérieur (+1 point environ) à celui des femmes.
«Pas de véritable convergence durable entre les sexes»
Sur certains critères, les différences se sont un peu réduites, comme en matière d’opportunités de promotion ou de difficulté à changer d’emploi. En revanche, l’équilibre entre travail et vie privée reste clairement défavorable aux femmes. Le rapport parle d’un «point de différenciation persistant». Les conflits entre vie professionnelle et vie privée demeurent plus fréquents chez les salariées, surtout dans des métiers très féminisés où les contraintes d’organisation sont fortes.
Les conditions psychosociales montrent, elles aussi, des écarts durables. Les hommes déclarent davantage de participation aux décisions, plus d’autonomie et une perception plus importante du risque d’accident. Les femmes, elles, rapportent plus souvent des «exigences émotionnelles plus fortes». Et, surtout, le rapport constate qu’il n’y a «pas de véritable convergence durable entre les sexes» sur plusieurs de ces dimensions.
La question de la santé est l’un des points les plus marquants du rapport. Les femmes déclarent plus fréquemment de l’épuisement professionnel, davantage de problèmes de santé et un bien-être général inférieur à celui des hommes : «Le mal de dos reste le problème majeur en moyenne, tandis que les troubles du sommeil augmentent fortement. Les maux de tête sont particulièrement fréquents, plus de deux fois plus que chez les hommes.»

Tensions entre vie privée et vie professionnelle
«Par ailleurs, poursuit le rapport, les troubles du sommeil et les problèmes d’estomac semblent toucher de plus en plus les salariées, témoignant d’une évolution différente selon le type de problème.» Le document résume la situation de manière nette : «La santé physique et mentale reste un domaine sensible pour les femmes, plus touchées par le burn-out, la dépression et divers troubles physiques.» Cela se traduit aussi dans les absences. Les femmes enregistrent davantage de jours d’absence pour maladie, tout en allant plus souvent travailler malgré un état de santé insuffisant.
Enfin, l’intention des femmes de quitter leur emploi est plus élevée et progresse plus rapidement que chez les hommes. Depuis 2019, les femmes déclarent systématiquement des intentions de départ plus élevées et l’augmentation est plus rapide chez elles (de 14 % à 24 %) que chez les hommes (de 15 % à 21 %), avec un écart maximal atteint en 2024 de 6 points de pourcentage (26 % contre 20 %). Le rapport y voit «un enjeu spécifique de rétention».
Pour résumer, le rapport montre que, malgré quelques rapprochements, les écarts de genre restent solides. Les femmes continuent de faire face à davantage de tensions entre vie privée et vie professionnelle, à une exposition plus forte aux charges émotionnelles et à une santé plus fragile au travail. De quoi rappeler que l’égalité professionnelle ne se mesure pas seulement en grandes déclarations, mais aussi dans le quotidien très concret des salariés. Et que cela «mérite une attention particulière des employeurs et des politiques publiques», écrit la CSL.
