Des œuvres emblématiques de Dalí aux artistes contemporains qui portent son héritage, la nouvelle galerie Lart Universe, à Luxembourg, propose un autre regard sur l’art, poursuivant la philosophie de son fondateur, Beniamino Levi, collectionneur et ami de Dalí.
Salvador Dalí et ses héritiers s’installent à Luxembourg : la galerie Lart Universe, petite dernière du réseau international du même nom, a pris ses quartiers en centre-ville, où elle expose des œuvres parfois méconnues du maître surréaliste au milieu de toiles, céramiques ou encore installations d’artistes contemporains qui creusent le même sillon. Des sculptures de l’artiste française Mariko aux peintures 3D conceptuelles d’Adriano Venturelli, le chemin est évident et met en évidence l’influence folle d’un maître aussi inimitable qu’inspirant. À la fois pop, déroutant et éveillant la curiosité, ce nouvel espace traduit la «philosophie» portée par le slogan du projet, «Art to be lived» – «De l’art à vivre» –, explique la directrice des lieux, Martina Barbuto.
Fondé en 2023, le projet Lart Universe cache en réalité quelque 70 ans d’histoire, portés par la figure de Beniamino Levi, collectionneur, galeriste et promoteur parmi les plus importants et influents de l’art moderne et contemporain. La Galleria Levi, créée en 1956 à Milan, s’est rapidement imposée comme le lieu d’exposition privilégié des artistes surréalistes en Italie : De Chirico, Magritte, Picasso, Miró, Ernst… Et, surtout, Salvador Dalí, que Beniamino Levi a rencontré au début des années 1960 et dont il est resté l’un des plus proches collaborateurs jusqu’à la mort de l’artiste en 1989.
Avant même la fermeture de la Galleria Levi en 1977, son fondateur était devenu l’un des collectionneurs majeurs du travail de Dalí, mais c’est après cette date qu’il encouragea le maître espagnol de revenir à la sculpture, après s’y être brièvement exercé dans les années 1930. En reprenant des motifs emblématiques de son œuvre (les éléphants aux longues pattes filiformes, l’œuf, les tiroirs…), Dalí créera ainsi certains de ses travaux les plus célèbres, comme ses Éléphants aux longues pattes filiformes. «Beniamino Levi avait été très impressionné par les premières sculptures de Dalí, et il avait très à cœur de lui redonner ce goût», raconte Martina Barbuto.
«Écosystème ouvert»
Sept de ses bronzes sont aujourd’hui présentés et proposés à la vente à l’intérieur de la nouvelle galerie de la rue Philippe-II. Aux côtés du Newton surréaliste – «l’un des tout premiers bronzes commandés à Dalí» par le galeriste italien, indique la spécialiste –, de la Vénus spatiale ou de l’Éléphant spatial, on découvre des murs ornés d’eaux-fortes, d’estampes et d’aquatintes réalisés par Dalí d’après des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale, de Don Quichotte à Carmen. Autant d’œuvres et de supports «moins connus» dans le catalogue de l’artiste, mais qui collent à la vision de Lart Universe : «Nous ne sommes pas strictement une galerie d’art, mais pas un musée non plus, explique la directrice. Notre objectif est de créer un écosystème ouvert et accessible à tous», de la même manière que Dalí lorsqu’il concevait certaines de ses sculptures à selon trois échelles différentes : «monumentales» pour les versions de plusieurs mètres de haut, souvent montrées dans l’espace public, «muséales» ou à taille humaine pour être exposées dans les institutions d’art moderne, et des formats plus petits, «destinés à être collectionnés par des particuliers».
Mais si Dalí représente une grande partie de la vie du galeriste aujourd’hui âgé de 98 ans – et pourtant «plus en forme que vous et moi», sourit Martina Barbuto –, la majeure partie de l’espace est occupé par des artistes contemporains, qui s’inscrivent dans la continuité du grand surréaliste. De l’Italien Adriano Venturelli, on passe de la série d’eaux-fortes Automatismo psicologico, dont l’exécution et la précision du détail sont phénoménales, à la plus récente Colors, série de peintures réalisée en réaction à l’attentat du Bataclan à Paris. De Mariko, artiste française emblématique, des sculptures en bronze ou en céramique rappellent les formes déconstruites de Dalí. Il faut encore citer l’artiste chinois Chen Zhen et sa saisissante œuvre Le Monde / Le Chaos, qui préfigure la mort du journalisme et l’ère des «fake news». Autant d’œuvres issues de la collection de Beniamino Levi et de sa structure, que Martina Barbuto espère agrandir en se mettant à la recherche d’artistes luxembourgeois inspirés par Dalí, et qui répondraient aux attentes esthétiques des collectionneurs. En attendant, la galerie Lart inaugurera sa première exposition le 14 avril, en présence de l’artiste, Fausto De Nisco. Tout au long de l’année, des artistes de la constellation Lart Universe accompagneront leurs œuvres à Luxembourg avec expositions, rencontres, tables rondes. Parmi eux, Adriano Venturelli ou encore le représentant français de l’«Op Art» Patrick Rubinstein.
Un éléphant à Luxembourg
Déjà présent à travers ses galeries en Italie, en Australie, en Angleterre ou encore à Monaco, Lart Universe compte s’étendre avec «la naissance de vingt-cinq galeries autour du monde» ces prochaines années, glisse Martina Barbuto. Quant au Luxembourg, il entend s’y ancrer pour de bon : dans cette optique, il a déjà entamé un partenariat avec la maison vinicole Bernard-Massard, qui se concrétisera avec la création prochaine de bouteilles de crémant inspirées de l’œuvre de Dalí. Et la directrice ajoute être actuellement «en discussion avec la Ville de Luxembourg» pour exposer dans l’espace public rien moins qu’une sculpture emblématique et monumentale de l’artiste espagnol, son Éléphant de Triomphe, haut de sept mètres et lourd de trois tonnes.