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Curé de Belair accusé de viol : un témoignage poignant au 2e jour du procès


(Illustration : Archives LQ)

Mercredi, au deuxième jour du procès de l’ancien curé de Belair poursuivi pour viol, le tribunal a entendu un témoignage poignant dans une salle comble.

Depuis mardi, l’ancien curé de Belair suspendu de ses fonctions comparaît devant la 13e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement. Le parquet reproche au prévenu Emile A. (59 ans) le viol sur un mineur de 14 ans, début novembre 2008 en France.

Il n’y aura finalement pas eu de huis clos pour l’audition du jeune homme âgé aujourd’hui de 22 ans et la reproduction audiovisuelle de ses dépositions devant la police judiciaire en juillet 2014.

«En 2008, je suis allé à Taizé avec le curé et d’autres adolescents.» L’audition du jeune homme devant l’enquêteur de la police judiciaire section protection de la jeunesse s’est étirée sur 38 minutes. 38 minutes au cours desquelles la victime décrit les circonstances du voyage effectué avec dix autres adolescents entre le 6 et le 8 novembre 2008 et au cours duquel il avait partagé la même chambre que le curé de Belair. «J’étais le plus jeune du groupe. J’ai participé au voyage, car mon frère en faisait partie. Lors de la répartition des chambres, je restais seul. Je me suis retrouvé avec le curé dans un lit double.»

À l’époque des faits reprochés aujourd’hui à Emile A., l’adolescent avait 14 ans. Selon sa version livrée à la police judiciaire, tout avait commencé par un baiser de la part du curé. Avaient suivi la masturbation réciproque et le rapport sexuel oral. Il était question de trois épisodes.

«Après Taizé, je n’ai pas pu vraiment dormir pendant une semaine. Car les images me revenaient toujours dans la tête.» En 2009, il avait participé avec les enfants de chœur à un voyage à Rome auquel le curé participait également. «Là, il a de nouveau essayé de s’approcher, mais je me suis défendu», poursuit le jeune homme. Il explique avoir eu des idées de suicide jusqu’à deux ans après. Seulement après avoir fait sa confirmation, il avait quitté les enfants de chœur. «J’essayais toujours d’éviter du mieux possible le curé. À part les deux fois où j’ai essayé de lui parler.»

À la fin de ses dépositions à la police judiciaire, le jeune homme confie espérer tourner la page. C’est un long silence qui a traversé la salle d’audience à la fin de la reproduction audiovisuelle, juste avant que la chambre criminelle entende le jeune homme à la barre. Ce dernier indique qu’il y avait déjà eu des insinuations avant le voyage en France. «Avant Taizé, il est venu me voir et il m’a dit : Tu es bien mon ami. Je pensais que cela était collégial. Mais ce n’est que plus tard que j’ai mis cela en relation avec les faits», se souvient le jeune homme, âgé aujourd’hui de 22 ans. Il raconte que le premier soir avant le repas à l’auberge, le curé était sorti tout nu de la douche. «C’est alors qu’il y a eu la première relation.»

« Il m’a dit : Tu es mon âme sœur« 

«J’étais pétrifié, je ne savais pas ce qui m’attendait. J’ai fait avec, témoigne-t-il. À 14 ans, j’étais très timide, je n’ai pas osé dire quelque chose.» Le même soir, au moment du coucher, il y aurait eu la deuxième relation. Mais c’est seulement la seconde nuit qu’il y aurait eu fellation. Qui avait pris l’initiative pour la fellation, il ne le sait pas. «Cette dernière fois, il m’a dit de ne rien raconter à personne.»

Lorsque la présidente lui a demandé s’il avait essayé de changer de chambre lors du séjour, il explique : «Je ne suis pas un grand bavard. Je me suis dit : C’est bientôt terminé.» «J’avais du respect et confiance en lui jusqu’à ce que cela se passe.»

Ce n’est que quelques années après les faits, en 2013, qu’il explique avoir tenté de rencontrer le curé et de lui avoir parlé de ses idées de suicide. «Il m’a dit : Tu es mon âme sœur. Car j’ai également eu ces pensées.» «J’étais assez dégoûté, il ne s’est jamais excusé auprès de moi», indique le jeune homme.

L’audience s’est achevée hier avec l’audition de plusieurs témoins de moralité cités par la défense. Ainsi, l’ancien vicaire général Mathias Schiltz a-t-il soulevé les qualités et talents du curé Emile A. et parlé d’un «concours malheureux de circonstances lors de ce voyage». «Quand j’étais en fonction, je n’ai pas eu la moindre plainte concernant cet homme», a-t-il souligné. Un ancien enfant de chœur de Belair a, quant à lui, témoigné avoir «une très bonne image d’Emile. C’est un modèle pour moi». Selon lui, la victime serait un traître.

Le procès se poursuit jeudi après-midi.

Fabienne Armborst

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