Nommée Ombudsman en 2025, Claudine Konsbruck a présenté son premier rapport annuel sur les lieux privatifs de liberté. Et si certaines choses s’améliorent pour les détenus, de nombreux points sont encore à améliorer.
C’est au beau milieu du parc de Merl que Claudine Konsbruck a décidé de présenter le rapport 2025 en sa qualité de contrôleur externe des lieux privatifs de liberté (CELPL). «On a choisi un endroit sans mur pour justement souligner l’importance des droits fondamentaux», explique celle qui a succédé à Claudia Monti en tant que médiateur du Grand-Duché de Luxembourg l’année dernière.
Mais au-delà de son aspect bucolique, la présentation avait avant tout pour but de rappeler le travail que réalisent Claudine Konsbruck et son équipe, composée de trois contrôleuses, pour examiner les conditions de vie des détenus, majeurs comme mineurs, mais aussi de certains étrangers en situation irrégulière ou de patients internés en centre psychiatrique. Un travail de longue haleine qui a permis notamment de publier le premier rapport sur le Centre pénitentiaire d’Uerschterhaff ainsi que de procéder à un suivi sur l’Unisec (l’unité de sécurité du centre socio-éducatif de l’État réservé aux mineurs) ainsi que sur la condition des femmes en prison.
Ces différents travaux ont permis de mettre en lumière les améliorations constatées par l’Ombudsman dans les différents lieux privatifs de liberté, mais aussi les nombreux manques constatés et améliorations à apporter. Le CELPL note ainsi un vrai problème au niveau des infrastructures. «Les locaux ne sont pas toujours adaptés aux besoins des détenus», regrette Claudine Konsbruck. Si l’ouverture du centre d’Uerschterhaff, dédié aux personnes en détention préventive, a permis d’améliorer temporairement les choses et de libérer de la place à Schrassig, la situation s’est rapidement détériorée. Ce manque d’infrastructure se retrouve aussi dans les unités dédiées aux femmes qui, au contraire des hommes, n’ont pas de centre spécifique pour la détention préventive.
Un déficit de thérapie
La santé fait également partie des points à améliorer. «On regrette qu’il n’y ait pas de réelles thérapies proposées aux détenus. Il y a certains suivis par un psychiatre ou un infirmier, mais les vraies thérapies axées sur le passage à l’acte ne sont pas proposées.» Encore une fois, les femmes sont plus mal loties que les hommes. «Elles sont exclues d’une grande partie de l’offre thérapeutique qui existe au centre pénitentiaire. Il y a une unité psychiatrique qui propose une prise en charge beaucoup plus variée mais qui n’est accessible qu’aux hommes. Ce qui est difficile à justifier, parce qu’il y a évidemment des femmes avec des problèmes psychologiques.»
Le CELPL va évidemment suivre ces sujets pour vérifier que des améliorations sont bien mises en place tout en sachant que ce genre d’évolution prend du temps. «Les choses ne bougent pas assez rapidement, reconnaît Claudine Konsbruck. On fait des rapports qui sont lus par les différentes autorités et s’il y a des adaptations ponctuelles mineures à faire, elles sont faites rapidement.» Mais quand il s’agit de problèmes structurels, qui demandent la mobilisation de plusieurs acteurs ou l’élaboration d’une loi, les choses sont tout de suite plus lentes. «On va essayer de faire plus de suivi de nos rapports pour voir ce qui a été réalisé après un ou deux ans et ce qu’il reste à faire. Mais malheureusement, la transposition des mesures que nous proposons n’est pas assez rapide.»
L’Ombudsman a récemment visité le nouveau centre de filtrage prévu par le Pacte européen sur la migration et l’asile. Installé de manière provisoire dans les locaux de la direction de l’Immigration, celui-ci doit déménager d’ici 2027 dans une nouvelle structure. Cette situation temporaire soulève de nombreux problèmes dans le fonctionnement du service. Celui-ci n’est par exemple ouvert que de 8 h à 12 h, alors qu’il devrait l’être 24 h/24. Si le personnel sur place s’efforce de remplir ses missions au mieux, le recrutement est toujours en cours, ce qui empêche le centre d’être pleinement opérationnel et de répondre aux exigences légales. «L’équipe de contrôle regrette que la mise en place du dispositif n’ait pas été davantage anticipée et préparée en amont, afin d’assurer une mise en œuvre complète et effective dès son lancement», note l’Ombudsman dans son rapport.