Pendant des mois, Mariam a fait l’aller-retour entre son foyer à Metz et le Luxembourg pour se prostituer. À la frontière entre des pays qui ont fait des choix très différents en matière de prostitution, son parcours met en lumière les failles que créent des législations divergentes. Jusqu’à faire le jeu des proxénètes.
«Au début, j’y allais tout le temps parce qu’il fallait manger.» Depuis le foyer où elle est hébergée à Metz, Mariam* prenait le bus jusqu’au Luxembourg pour y trouver des clients. Dans la rue, près de la gare, et sur des sites internet. «Tu t’habilles, tu te maquilles et les clients comprennent pourquoi tu es là. Ils viennent te chercher et tu vas chez eux», résume-t-elle.
Les mains tremblantes, elle situe le début de cette activité en 2023. Deux ans plus tôt, cette Ivoirienne est arrivée en France après un parcours migratoire chaotique. Bringuebalée dans le coffre d’une voiture au Maroc, elle a traversé la Méditerranée avec une cinquantaine de personnes, sur un bateau naufragé qui ne laissera la vie sauve qu’à cinq d’entre eux. Là, déjà, elle fuit la violence de sa vie en Afrique, où sa tante la prostitue depuis ses 13 ans.
Mariam raconte ensuite un mariage à Thionville, les violences de son conjoint, une plainte, des menaces de mort et un passage à l’hôpital. Lorsqu’elle quitte son mari, elle se retrouve dans une situation de grande précarité. Elle tente alors de partir au Luxembourg, où une femme lui propose de gagner de quoi s’acheter des vêtements. Elle continuera de s’y rendre plusieurs fois par semaine pendant deux ans. «Juste parce qu’on m’avait expliqué qu’en France c’était interdit», souffle-t-elle.
Trois frontières, trois modèles
Et pourtant : depuis 2016, la France ne poursuit plus les personnes prostituées pour racolage, mais sanctionne les clients pour l’achat d’actes sexuels. Ce modèle dit «abolitionniste» s’inspire du modèle nordique. Mais passé la frontière, la loi n’est pas la même. Au Luxembourg, la prostitution est autorisée à condition de ne pas troubler l’ordre public.
En Allemagne, souvent appelée «le bordel de l’Europe», la prostitution est légale depuis 2002. À la frontière mosellane, dans la Sarre, ce phénomène est démultiplié depuis la loi française de 2016. Les plaques d’immatriculation des voitures garées devant les maisons closes en témoignent.
À Sarrebruck, on compterait 1 000 personnes prostituées pour 183 000 habitants, ...
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