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[Cinéma] Dans «Wild Horse Nine», un couple d’espions en crise


Entre le vieil espion pris de remords et son collègue cynique, la dynamique est pratiquement celle d'un «couple marié», selon John Malkovich. (Photo : searchlight pictures)

La nouvelle comédie noire de Martin McDonagh raconte les états d’âme d’un agent de la CIA en fin de carrière au Chili, et offre à John Malkovich un rôle en or récompensé à Venise.

À la recherche d’inspiration pour son prochain projet, le cinéaste oscarisé Martin McDonagh (Three Billboards Outside Ebbing, Missouri, In Bruges, The Banshees of Inisherin…) s’est rendu il y a plusieurs années sur l’île de Pâques. Cela lui a permis d’accoucher de Wild Horse Nine, une comédie noire sur deux agents de la CIA envoyés sur l’île de Pâques peu avant le coup d’État de 1973 au Chili. John Malkovich et Sam Rockwell, deux acteurs connus depuis longtemps pour leurs personnages sinistres et inoubliables, incarnent ce duo d’espions roublards dont l’amitié va être mise à rude épreuve, alors que le gouvernement de Salvador Allende vit ses dernières heures, renversé par un coup d’État militaire soutenu par les États-Unis.

On retrouve dans Wild Horse Nine la beauté et le mystère des moaï, ces énigmatiques statues de pierre sculptées par le peuple Rapa Nui, mais aussi le relief majestueux, la végétation sauvage et l’océan de l’île de Pâques, joyau du Pacifique annexé par le Chili en 1888. «Tous ces aspects magnifiques de Rapa Nui ont joué un rôle fondamental pour en faire un personnage à part entière de l’histoire», a expliqué Martin McDonagh au Festival international du film de Toronto, en septembre.

Dans son dernier film, Chris (Malkovich) et Lee (Rockwell), deux agents blasés, discutent de la vie, des regrets, de l’amour, de la politique et du fromage. «C’est très théâtral, ce film de copains, d’une certaine manière», a estimé Sam Rockwell, en décrivant les personnages comme un «couple improbable». «Même dans la façon dont ils se disputent, il y a de l’amour», a ajouté l’acteur. «Leurs disputes ressemblent à celles d’un couple marié», a rétorqué John Malkovich à Toronto, quelques jours à peine après avoir décroché avec ce rôle la Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise.

Dans les années 1970, ces gens horribles avaient au moins l’intelligence de garder leurs actes secrets

Martin McDonagh, réalisateur

L’Américano-Croate de 72 ans estime que le public réagit souvent bien aux regrets des personnages – «les choses qu’ils auraient aimé dire ou faire, ou qu’ils pourraient dire et faire». Chris, son personnage, semble être pris de remords au crépuscule de sa carrière d’espion : il a tout vu, il en sait trop (notamment sur l’assassinat de John F. Kennedy), et a participé aux pires barbouzeries de l’agence américaine. Mais alors que sa mémoire le lâche, il tire un bilan peu reluisant de sa vie et son œuvre. John Malkovich confie qu’il aime jouer ce genre de protagonistes, car «on découvre de nombreuses facettes d’une personne». Et après un prix à Venise, il figure parmi les favoris pour les Oscars. À ses côtés, Lee, campé par Sam Rockwell, fait de la gestion de crise pour éviter que son collègue cynique et amer à la langue trop pendue ne fasse capoter le coup d’État.

«J’ai toujours été intéressé par le Chili, le coup d’État, la CIA et l’implication du gouvernement américain là-dedans, depuis mon adolescence», avait expliqué à Venise Martin McDonagh, qui assume avoir fait là son film «sans doute le plus ouvertement politique». «L’idée que, finalement, l’Amérique ne s’intéresse pas toujours à la démocratie me fascinait», a ajouté le Britannico-Irlandais, dont c’est le cinquième film. «Honnêtement, en l’écrivant, je n’essayais pas de commenter le monde actuel (…) mais depuis qu’il est terminé et que je le vois avec du public, les liens avec l’époque présente semblent assez tangibles», a poursuivi Martin McDonagh.

Pour John Malkovich, le duo du film n’a pas de «problème à tuer des gens». «Ce n’est en aucun cas un dilemme moral pour eux. Leur dilemme moral, c’est de tuer des gens tout en mangeant. C’est ainsi qu’ils perçoivent le monde», a-t-il expliqué. Mais Martin McDonagh constate que «dans les années 1970, ces gens horribles avaient au moins l’intelligence de garder leurs actes secrets», en évoquant l’arrestation du dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro en janvier. Depuis, l’administration Trump a conclu des accords pour contrôler une grande partie des réserves pétrolières du pays. «J’adore les films qui divertissent», a expliqué le réalisateur. «Celui-ci comporte également un contexte politique très profond – mais je pense qu’on peut concilier les deux», de la même manière qu’il avait déjà mêlé comédie criminelle et drame personnel dans In Bruges (2008).

Wild Horse Nine,
de Martin McDonagh.

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