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Le rabais à la pompe sème toujours la discorde


Le Premier ministre, Luc Frieden, s'est présenté jeudi devant la Chambre pour présenter les résultats des tractations tripartites. (Photo : fabrizio pizzolante)

Les partis représentés à la Chambre ont tous salué le nouvel accord tripartite conclu jeudi. La prolongation limitée du rabais à la pompe suscite, en revanche, davantage de controverses.

Dans la foulée de la signature de l’avenant à l’accord tripartite datant de juin, le Premier ministre, Luc Frieden, s’est présenté à la tribune de la Chambre pour présenter aux députés le résultat des négociations menées avec les syndicats et le patronat.

«Je suis content de pouvoir constater que nous avons réussi à trouver un accord avec les partenaires sociaux, à un moment où le monde se trouve dans le désordre, où des guerres font rage et où des gens mécontents manifestent dans les rues. Au Luxembourg, nous réussissons à trouver dans le cadre d’un dialogue social des solutions qui sécurisent le pouvoir d’achat et renforcent les entreprises», s’est d’abord félicité le chef du gouvernement.

Il est venu défendre la prolongation en 2027 des aides étatiques sur le gaz (-15 centimes/m3), le mazout (-15 centimes/l) et l’électricité (-4 centimes/kWh). S’y ajoute la prolongation pour deux mois, en janvier et février prochains, du rabais accordé par litre de diesel et d’essence. Le maintien de cette subvention de 5 centimes d’euro a été le principal point discuté lors du débat ayant suivi la déclaration du Premier ministre.

Les représentants de la majorité CSV-DP soutiennent la décision de ne pas proroger le rabais au-delà de fin février 2027.

«Le pouvoir d’achat est important, mais l’atteinte de nos objectifs climatiques l’est tout autant. Même si beaucoup de gens ont besoin de leur voiture pour se déplacer au travail, en tête les très nombreux frontaliers, un rabais ne peut pas s’inscrire dans la durée», avance Laurent Zeimet, le chef de la fraction chrétienne-sociale.

«Il est important d’avoir clairement délimité ce rabais dans le temps. Il n’a pas de vrai impact, ni sur le portefeuille des gens, ni sur la baisse de l’inflation. Un automobiliste qui roule 15 000 km par an gagne à peine 40 euros», complète Gilles Baum, le président du groupe libéral.

Un crédit d’impôt ciblé en alternative?

Le LSAP de Taina Bofferding argumente dans une direction semblable, mais fait un pas de plus en s’interrogeant sur un autre dispositif pour soutenir les automobilistes au-delà du 28 février. «Réintroduire un crédit d’impôt énergie socialement ciblé est une option à étudier. Les syndicats ont proposé un outil semblable», suggère la présidente de la fraction socialiste.

Sam Tanson (déi gréng) s’est montrée la plus virulente avec le choix de maintenir le rabais à la pompe, mais aussi le soutien apporté aux autres énergies fossiles. «Pourquoi avoir opté pour les solutions les plus nocives pour le climat? Par simplicité ou en raison des recettes que la hausse des ventes de carburants génère pour les caisses de l’État», interroge la députée. La «note» de ces choix serait «payée par la collectivité». «Oui, il faut renforcer le pouvoir d’achat et freiner l’inflation. Mais il faut le faire avec des mesures socialement ciblées qui n’hypothèquent pas la protection du climat», développe-t-elle, en plaidant aussi pour un crédit d’impôt.

Les pirates jugent le rabais «sensé pour faire baisser les prix». Le député Sven Clement appelle toutefois le gouvernement à «sortir du cycle de crise» et à se pencher sur une adaptation des frais de déplacement aux coûts réels. Le financement de cette mesure fiscale pourrait se faire par le biais d’un impôt sur les surprofits des grands groupes pétroliers.

«Ce n’est pas le moment de se taper sur les épaules. Le prochain choc des prix interviendra au plus tard avec la fin des mesures, au terme de l’année 2027. Nous avons besoin de vrais investissements dans une transition énergétique abordable pour éviter que l’on se retrouve tous les deux ou trois mois pour décider de nouvelles aides énergétiques», fait remarquer Gary Diderich pour le compte de déi Lénk.

Le seul parti à être «à 100 % favorable» au rabais à la pompe est l’ADR. «Si les prix sont toujours aussi élevés fin février, nous allons réclamer une prolongation et une hausse de cette baisse d’accises sur le diesel et l’essence. Une mesure qui a en outre un effet positif sur les caisses de l’État avec une hausse du tourisme à la pompe. Des centaines de millions d’euros pourraient être générés», plaide Fred Keup.

Le ministère de l’Économie avait alerté sur le risque pesant sur la sécurité d’approvisionnement dans le cas d’une intervention prolongée sur les prix à la pompe.

Selon les chiffres du Statec, une prolongation du rabais sur douze mois augmenterait les ventes de 6 % en 2027, frôlant les 1 500 millions de litres. Par ricochet, la trajectoire de réduction de gaz à effet de serre déraperait de 4 %.

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