Les habitants de la ville d’Olechky sous occupation russe dans le sud de l’Ukraine manquent de tout. Une trêve entre les deux belligérants a été trouvée et n’a pas été violée.
Un cessez-le-feu local, négocié avec l’aide des États-Unis, tenait mercredi pour la deuxième journée consécutive dans le sud de l’Ukraine, selon Kiev et Moscou, une trêve rarissime en presque cinq ans de guerre déclarée pour permettre une opération humanitaire.
À Olechky, ville ukrainienne sous occupation russe dans la région ukrainienne de Kherson, les habitants sont confrontés depuis des mois à des pénuries de nourriture, d’eau et de médicaments.
La localité est située tout près du fleuve Dniepr, qui marque la ligne de front dans ce secteur, et se trouve sous le feu croisé des drones ukrainiens et russes, qui rendent les déplacements très dangereux sur des routes par ailleurs minées.
Les médiateurs chargés des droits humains en Russie et en Ukraine, respectivement Iana Lantratova et Dmytro Loubinets, ont confirmé dans des déclarations distinctes mercredi que la trêve – entrée en vigueur tôt mardi matin – était toujours respectée. «Trente heures de cessez-le-feu se sont écoulées à Olechky sans le moindre incident», a déclaré Dmytro Loubinets.
Cette trêve avait été annoncée vendredi par la Première dame des États-Unis, Melania Trump. Certaines des quelque 2 000 personnes encore présentes sur place ont été contraintes de chasser et de manger des pigeons, ont confié d’anciens habitants qui sont restés en contact avec ceux toujours sur place.
L’opération prévoit des livraisons d’aide humanitaire et l’évacuation des civils souhaitant partir. Un retour en territoire sous contrôle ukrainien est pratiquement impossible dans ce secteur, car les ponts sur le Dniepr y sont coupés. Les autorités locales mises en place par la Russie ont laissé entendre que les habitants pourraient devoir transiter par la Crimée annexée.
Selon les responsables russes, la plupart des personnes souhaitant fuir l’ont déjà fait. Un haut responsable ukrainien s’exprimant sous le couvert de l’anonymat a également indiqué qu’une grande partie des habitants encore présents souhaitait rester.
Une désescalade importante
Le gouverneur régional de Kherson, Oleksandre Prokoudine, a assuré mercredi à l’aube qu’«aucune frappe ni aucun impact sur des installations civiles ou d’infrastructure critique n’a été enregistré pendant 24 heures». Selon Dmytro Loubinets, cette trêve a également eu un effet «tangible» sur la ville de Kherson, capitale régionale qui comptait environ 280 000 habitants avant l’invasion russe de 2022.
«Kherson, qui subissait des bombardements constants, a littéralement repris vie», a décrit le médiateur ukrainien pour les droits humains sur les réseaux sociaux. «Il y a davantage de monde dans les rues et la vie urbaine a retrouvé son dynamisme. Les gens sortent sans peur, se promènent et profitent du soleil automnal», a-t-il ajouté.
Important bastion ukrainien sur le front sud, Kherson est quotidiennement visée par des drones explosifs russes. Kiev a déjà accusé Moscou d’y mener des «safaris humains», la ville étant située dans la «zone de mort» d’environ 20 kilomètres de profondeur autour de la ligne de front, où pullulent les drones des deux camps.
Le communiqué de Dmytro Loubinets était accompagné de photos montrant des habitants vendant des fruits sous des filets antidrones ainsi que des employés municipaux tondant des pelouses au milieu d’immeubles en ruines.
Davyd Arakhamia, un parlementaire et négociateur ukrainien, a qualifié ce cessez-le-feu de «plus importante désescalade» depuis l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, en février 2022. Les courtes trêves précédentes dans le conflit — instaurées, par exemple, à l’occasion de la Pâque orthodoxe — avaient permis une diminution des attaques aériennes et bombardements longue portée, mais les deux camps s’étaient parallèlement accusés de multiples violations du cessez-le-feu sur le front.