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Rabais à la pompe : l’approvisionnement en péril?


Le Premier ministre, Luc Frieden, devra tenir compte, lors des négociations tripartites, du risque de pénurie énergétique soulevé par les services du ministre de l’Économie, Lex Delles. (Photo : archives lq/julien garroy)

La tripartite devra prendre en compte les risques d’une prolongation des aides énergétiques pour l’approvisionnement en produits pétroliers, déjà marqué par des pénuries ponctuelles cet été.

L’engagement du Premier ministre, Luc Frieden, est clair : le gouvernement, en concertation avec les syndicats et le patronat, compte «prolonger d’une manière ou d’une autre» les aides énergétiques décidées lors de la tripartite de juin dernier.

Moins claires sont la forme et l’ampleur d’un maintien au-delà du 31 décembre des subventions étatiques sur l’essence et le diesel (5 centimes/l), le mazout (15 centimes/l) et le gaz (-15 centimes/m3). Le paquet inclut également une subvention de l’électricité (4 centimes/kWh), tout comme les 150 millions d’euros de contribution aux frais de réseau électrique (-3,8 centimes/kWh).

Le prix sera un des facteurs décisifs lors des négociations qui seront menées jeudi prochain. Les dernières prévisions du Statec en viennent à la conclusion que le choc énergétique, provoqué par la situation géopolitique tendu – en premier lieu au Moyen-Orient –, n’est plus à considérer comme «transitoire». «Il se fera encore ressentir en 2027», peut-on lire dans la note soumise mardi au Comité de suivi de la tripartite.

Le diesel toujours à plus de 2 euros

À l’échelle mondiale, le prix du Brent en mer du Nord – la référence mondiale pour les cours du pétrole – a connu une hausse de 70 % sur un an. Il est passé d’environ 60 dollars en janvier à près de 110 dollars en ce mois d’octobre. Selon le ministère de l’Économie, les produits finaux en Europe sont encore plus lourdement touchés : +75 % pour l’essence et +110 % pour le diesel.

Le Luxembourg résiste en raison d’une fiscalité avantageuse et du rabais à la pompe en vigueur depuis le 1er juillet. Malgré tout, le litre de diesel pointe ce vendredi toujours à plus de 2 euros. Le SP 98 coûte 1,9 euro et le prix du SP 95 est fixé à 1,746 euro. Le litre de mazout est facturé 1,544 euro. Rappelons qu’en septembre, le prix du mazout a flambé (+12,6 % sur un mois, +61,4 % sur un an), tout comme ceux de l’essence (+8,8 % et +25 %) et du diesel (+8,5 % et +44,2 %).

À titre de comparaison, le litre d’essence coûtait ce jeudi en moyenne 2,21 euros en France, 1,99 euro en Belgique et 2,15 euros en Allemagne, contre respectivement 2,37 euros, 2,35 euros et 2,25 euros pour le diesel. Une des conséquences est l’augmentation du tourisme à la pompe.

Les ventes de carburants ont fait un bond à plus de 100 millions de litres en juillet dernier. Les rabais accordés sur les carburants n’ont pas eu d’impact trop négatif sur l’environnement. Selon les calculs du Statec, la trajectoire de réduction des gaz à effet de serre est tout juste respectée.

La consommation de gaz a diminué de 20 % sur la période 2021-2026. À l’échelle de l’UE, les prix de gros ont toutefois flambé de 170 % entre novembre 2025 et octobre 2026. Au Luxembourg, les tarifs résidentiels sont restés stables, tandis que les entreprises subissent davantage les effets de cette hausse.

Même constat pour l’électricité, dont les prix de gros ont bondi de 90 %, notamment sous l’effet du renchérissement du gaz. Au Grand-Duché, les ménages ont été épargnés par cette hausse, contrairement aux entreprises, confrontées à des coûts plus élevés.

«Des marges de sécurité réduites»

Le ministère de l’Économie s’attend à ce que les prix de gros restent «structurellement élevés et volatils», avec un «effet immédiat» sur les prix des produits pétroliers et un «effet différé mais conséquent» sur les factures de gaz et d’électricité des ménages.

Dans leur ensemble, les tarifs énergétiques au Luxembourg restent avantageux. «Les mesures du Paquet résilience ont atteint leurs objectifs, notamment à court terme», confirme le ministère de l’Économie. Il existe cependant un bémol majeur, en dépit du fait que le système énergétique s’est avéré «remarquablement résilient» : les «interventions sur les prix des énergies fossiles risquent de compromettre la sécurité d’approvisionnement et de cimenter les dépendances».

Au-delà de nouvelles aides, il serait donc primordial de trouver des «solutions structurelles» pour «renforcer l’indépendance et la résilience énergétiques», grâce notamment à une extension de l’électrification, au développement accru des énergies renouvelables et à la mise en place de capacités de stockage. En attendant, les «marges de sécurité d’approvisionnement» sont «réduites, notamment pour le diesel et le gaz». Les stocks de gaz au niveau de l’UE se limitent actuellement à 74 %.

Le gouvernement et les partenaires sociaux devront donc aller au-delà de la seule question des prix pour trouver le juste équilibre.

Déi Gréng fustigent le DP et la volonté de prolonger le rabais

Lors de sa rentrée parlementaire, le DP avait souligné l’importance qu’il accorde à la lutte contre le changement climatique. Un leurre, selon déi gréng, qui sont montés jeudi au créneau pour dénoncer le principe d’une prolongation des aides énergétiques sur les carburants, soutenu sans broncher par le parti libéral. «Cela démontre une fois de plus que, lorsqu’il s’agit de passer aux actes, le DP a d’autres priorités que la protection du climat», notent les écologistes.

Ces derniers s’en prennent également à l’ensemble du gouvernement, appelé à proposer des alternatives «qui apportent une véritable aide à la population tout en réduisant notre dépendance aux énergies fossiles». Déi Gréng réclament notamment un soutien social ciblé, sous forme de crédits d’impôt, une réduction de la TVA sur les produits alimentaires et autres biens de première nécessité ainsi qu’une nouvelle baisse du prix de l’électricité.

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